Les dés sont jetés: Qui va acheter Transat?

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Nina Slawek, OpenJaw et Jean-Marc Eustache, Air Transat.

Ceux qui connaissent un peu l’entreprise n’ont pas été surpris d’entendre la nouvelle des discussions préliminaires concernant la vente possible de Transat.

La compagnie fut fondée il y a 33 ans par le PDG actuel, Jean-Marc Eustache et le cofondateur était nul autre que monsieur François Legault, l’actuel premier ministre du Québec. Air Transat a connu ces dernières années, des moments difficiles et malgré les efforts des dirigeants de Transat, sous la direction de Jean Marc Eustache, président et chef de la direction, il semble qu’ils ont dû faire face à des résultats décevants, et ce, malgré des efforts fructueux de réduction des coûts.

Hier, lors de l’assemblée générale annuelle de Transat à Montréal, monsieur Eustache a exprimé sa frustration quant à cette situation. « Les initiatives que nous avons prises dans notre plan stratégique n’ont pas encore porté fruits », a dit M. Eustache. « Ils continuent à peser sur nos résultats au lieu de les améliorer ».

Au cours des dernières années, Monsieur Eustache était de plus en plus convaincu que le modèle de composition actuel de Transat, en tant que compagnie aérienne, voyagiste et propriétaire de centaines d’agences de voyage, n’allait jamais réaliser de profits importants. Il avait insisté pour que Transat se diversifie dans le domaine de l’hôtellerie, où les marges de profits sont plus élevées. Ce qui va aboutir bientôt, avec l’ouverture d’un nouveau centre de villégiature au Mexique d’ici Juin et qui ouvrira ses portes d’ici l’année prochaine.

Ceci dit, ce n’est pas une solution miracle.

Dans ce contexte, le communiqué de presse de Transat d’hier matin indiquant que plus d’un acheteur potentiel s’était adressé à Transat a donné lieu à de nombreuses spéculations. Cela a également fait monter en flèche le cours des actions de Transat – il était en hausse de 46 % à la fin de la journée, ce qui porte la capitalisation boursière de l’entreprise à environ 325 millions de dollars. Au final, c’est encore peu étant donné que Transat dispose de réserves en espèces d’environ 600 millions de dollars.

La grande question que se posent les analystes de l’industrie et les analystes financiers est évidemment de savoir : qui s’intéresse à Transat?  Rappelons que la compagnie montréalaise emploie près de 5 000 employés canadiens et a une forte valeur symbolique pour les Québécois. Elle est née et à évoluée au Québec.

« C’était déchirant d’apprendre hier après-midi que cette offre d’achat de Transat allait être faite », a déclaré M. Legault. « Évidemment, c’est un moment émotionnel pour moi. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que nous ferons tout notre possible pour garder le siège social au Québec ».

Acheteurs potentiels?

Parmi les acheteurs potentiels, cités par les observateurs de l’industrie, figurent Air Canada et WestJet. Transat continue d’être confrontée à une forte concurrence de la part de ces deux sociétés, qui ont toutes deux renforcées leur produit de destinations soleil au cours des deux dernières années. Et ces compagnies aériennes, surtout avec l’ajout des 787 Dreamliners à la flotte de WestJet, sont également en concurrence plus vive avec les vols transatlantiques d’été rentables de TS.

« La concurrence est plus vive que jamais sur nos deux marchés – l’Europe et le Sud », a déclaré M. Eustache à l’AGA.

En vertu de la réglementation fédérale en matière de transport, Transat doit demeurer une société détenue majoritairement par des intérêts canadiens. Mais cela n’a pas empêché les spéculations sur l’opérateur européen TUI en tant qu’acheteur potentiel. Elle détient 49 % de Sunwing Travel Group, un autre concurrent clé de Transat. Mais TUI elle-même a émis un avertissement sur les bénéfices en mars et elle est également aux prises avec des changements structurels dans l’industrie.

Il y a aussi des facteurs qui vont à l’encontre de tous ces acheteurs potentiels. Air Canada et, dans une moindre mesure, WestJet seraient soumises à l’examen minutieux du Bureau de la concurrence. TUI aurait un contrôle limité en tant que propriétaire étranger.

Les grands fonds d’investissement internationaux sont une autre possibilité, comme Fosun en Chine, KKR aux États-Unis et EQT Partners en Suède. Mais encore une fois, ils n’auraient qu’un contrôle limité.

Les principaux actionnaires actuels de Transat sont Letko, Brosseau et Associés qui détient environ 18 % des actions, et le Fonds de solidarité FTQ, un peu moins de 12 %. Il y a plusieurs autres actionnaires, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec avec moins de 6%, Eustache avec 1,14% et Philippe Sureau, un autre co-fondateur, avec 0,86%.