Hurtigruten : le premier paquebot hydride est en route vers l’Antarctique

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Si le secteur de la croisière ne cesse de s’accroitre, avec plus de sept millions de passagers seulement en Europe chaque année, on pointe du doigt les navires considérés comme de gros pollueurs. Or, voici que la compagnie norvégienne Hurtigruten amène sur le marché une solution innovatrice : le premier navire de croisière au monde alimenté en partie par une batterie.

En effet, le paquebot, qui peut embarquer près de 500 passagers vient de quitter le nord du pays pour son voyage inaugural. Cette solution hybride devrait permettre de réduire la consommation de carburant d’environ 20 %, (soit une baisse de 3 000 tonnes de rejets de CO2 ) et ce, même si les moteurs fonctionnent encore principalement au gazole marin.

« Le système est conçu pour absorber l’énergie excessive des moteurs et la mettre dans la batterie lorsque le navire n’en a pas besoin, et la réintroduire dans le moteur lorsque le temps est venu.Il s’agit d’un moyen de réduire considérablement les émissions sans disposer de stations de chargement », précise la compagnie norvégienne.

Rentabiliser l’énergie

« Hurtigruten exploite des lignes de croisière panoramiques le long des fjords du pays et dans l’Arctique dans des conditions climatiques parfois extrêmes, en particulier le fameux «Express côtier», bien connu des touristes » nous rapporte le Parisien.

Lorsque les conditions en mer sont bonnes, le nouveau navire hybride devrait pouvoir naviguer uniquement à l’électrique et en silence pendant environ une heure. C’est l’eau servant à refroidir les moteurs qui servira notamment en cuisine, pour les douches ou encore pour les systèmes de ventilation grâce à un système de conversion. Aussi, les chauffe-eaux seront alimentés par les gaz d’échappement.

« Nous prévoyons une révolution de la technologie des batteries pour les navires, des batteries plus légères et plus efficaces », précise Hurtigruten. Néanmoins, la compagnie reconnaît les limites de l’électricité. « Les batteries constitueront une partie importante du transport maritime dans les années à venir, mais bien entendu, nous ne prévoyons pas que nos navires ne pourront fonctionner qu’avec des batteries. Ils peuvent naviguer jusqu’à 18 à 20 jours dans des zones où il n’y a pas de points de charge. »

Des données environnementales inquiétantes

Les chiffres sont alarmants, selon un rapport publié par l’ONG Transport & Environnement. En 2017, toujours du côté de l’Europe, à Marseille, les 57 bateaux de croisière en escale ont émis quatre fois plus de dioxyde de soufre que tous les véhicules circulant en ville.

Carnival, numéro 1 des croisières de luxe, a émis en 2017 dix fois plus d’oxyde de soufre autour des côtes européennes que l’ensemble des 260 millions de voitures des alentours. Quant à Royal Carribean, numéro 2 mondial et propriétaire du plus gros paquebot du monde, le Symphony of the Seas, il en aurait rejeté quatre fois plus.

Ainsi, on recommande que la teneur en soufre exigée par la Seca soit drastiquement abaissée à 0,001 %, norme actuellement applicable au transport routier, nous rappelle le Parisien.

Vers des ports à « zéro émission »

L’association Transport & Environnement demande également de favoriser par une politique fiscale la transition vers des ports à « zéro émission ». Il s’agirait de développer l’électrification des quais en vue de pouvoir brancher les paquebots amarrés sur le réseau électrique, au lieu d’utiliser leurs moteurs pour s’alimenter en courant.

Par ailleurs, tout en reconnaissant que l’usage des batteries dans les paquebots de croisière en est encore à ses balbutiements, la compagnie Hurtigruten a décidé de commander un deuxième paquebot du même type. Ce dernier, qui sera livré cette année, sera muni d’un bloc de batteries supérieur à deux fois la capacité du Road Amundsen.