Transat : Qu’adviendra-t-il du réseau de distribution?

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C’est demain, le 23 août à 10h00, que les actionnaires de Transat sont convoqués à une assemblée extraordinaire à l’hôtel Sofitel de Montréal. Ils devront approuver ou rejeter la convention conclue par le conseil d’administration de Transat avec Air Canada en juin dernier. Une convention d’arrangement qui est «le résultat d’un processus rigoureux et diligent mené par le conseil d’administration de Transat et ses conseillers financiers et juridiques», indique le communiqué émis le 20 août par la société dirigée par Jean-Marc Eustache. Il a été beaucoup question de cette absorption de David par Goliath et des offres (ou non offres) concurrentes déposées par le Groupe Mach et par Pierre Karl Péladeau, dans tous les médias canadiens, mais aucun journaliste ou commentateur ne semble s’être penché sur le sort des 450 et quelques agences déployées par la filiale Transat Distribution.

À moins d’un revirement digne de Game Of Thrones, Air Canada sera intronisé demain comme futur propriétaire d’un groupe intégrant une compagnie aérienne, un grand voyagiste et le plus grand réseau d’agences détaillantes du pays (les points de ventes regroupés sous les marques Club Voyages, En Liberté, Marlin, Travel Plus et Voyages Transat). Que fera-t-il de ce réseau qui emploie 3 300 personnes et génère un chiffre d’affaires estimé à près de 2 milliards de dollars? Selon quelques membres et observateurs de l’industrie et, après une période de transition évaluée à deux ans, il cherchera à s’en débarrasser. Leur argument : une grande société qui génère des revenus annuels de plus de 18 milliards n’a que faire d’une myriade de petites agences dont les revenus se chiffrent en millions (et encore, très peu de millions!) et non en milliards. Pour les autres par contre, il y a longtemps que les dirigeants d’Air Canada rêveraient de se constituer un réseau de détail puissant dans le créneau «loisirs». Et celui de Transat Distribution est implanté dans tous les coins du pays. Il n’y aurait qu’à le développer pour consolider l’emprise du transporteur à la feuille d’érable sur le secteur du détail.

S’il se trouve des agents de voyages présents demain à l’assemblée convoquée au Sofitel Montréal, il serait intéressant que l’un d’eux pose quelques questions. La direction d’Air Canada a-t-elle l’intention de conserver et développer le réseau de Transat Distribution? Naturellement aucun responsable ne se risquera a dire non, mais la précision ou l’imprécision de la réponse sera un bon indicateur. «Actuellement, nous n’avons pas l’intention de modifier le modèle d’affaire de Transat», pourrait répondre l’interpellé. Dans ce cas, le «actuellement», pourrait induire bien des choses. 

Il faudra sans doute attendre deux ou trois ans avant de découvrir si Air Canada sonnera le glas du premier modèle canadien d’intégration verticale ou, au contraire, le début d’une nouvelle ère?

En attendant, les agents de voyages dont nous avons tenté de recueillir l’opinion s’accordent tous pour convenir que demain, ils perdront un fournisseur. Un de plus depuis le début de la concentration entamée voici une quinzaine d’années.