L’histoire incroyable de la disparition des brochures

Dossier spécial. Tours Chanteclerc a rendu son verdict : la brochure papier est bel et bien décédée. Voici le parcours qui a mené à sa mise à mort…

« Cette période de confinement nous a fait réfléchir! Nous avons accentué notre passage au numérique! Nos brochures seront disponibles uniquement sur notre site Web. Collectivement, nous ne pouvons plus ignorer les signaux que «Dame nature» nous envoie ! »

Ce message de la direction de Tours Chanteclerc – publié aux premières lignes du Manuel de l’agent de voyages, qui vient de sortir – est clair : elles sont terminées, les brochures papier.

Les dessous de l’histoire débutent par une calculatrice.

« Chez un tour opérateur, il y a deux grandes dépenses : les ressources humaines et tout ce qui touche aux brochures, de l’impression à la distribution, raconte Claude St-Pierre, directeur général de Tours Chanteclerc.

« Puis il y a les consommateurs, qui entraient dans une agence en disant « j’aimerais faire tel voyage », et prenaient une brochure. Ils allaient ensuite dans une autre agence, et prenaient une autre brochure. Puis ils visitaient un salon, comme celui de la FADOQ ou le SITV, et prenaient des brochures aussi, deux de chaque, une pour eux, l’autre pour un membre de la famille.

« Mais en fait ils en prenaient quatre, sans le savoir, parce que cette année-là, on avait fait une édition qu’on appelle « tête bêche » (la même brochure mais avec deux couvertures différentes). Et au bout du compte, tu te retrouvais à alimenter tous les foyers de la province du Québec en papier! C’était frustrant ! »

Et arrive un inspecteur…

« Il y a environ cinq ans, l’organisme paragouvernemental Éco Entreprises a eu pour mission d’aller voir dans le fameux bac vert des Québécois pour regarder qui étaient les pollueurs grands consommateurs de papier. La circulaire Jean Coutu y était, la circulaire Metro y était et, oh!, surprise : les brochures des tours opérateurs y étaient! » poursuit Monsieur St-Pierre.

« L’exercice a pointé les tours opérateurs comme étant de gros pollueurs. Donc, on nous a imposés une taxe à payer, laquelle est venue ajouter un fardeau. Pour une entreprise de la taille de Tours Chanteclerc, on parlait d’une taxe dans les six chiffres! »

Et un questionnement qui persiste

« Parallèlement à tout ça, on se retrouvait toujours dans cette situation où l’on veut donner la bonne info au voyageur, tout en sachant que la brochure, à peine imprimée, est déjà erronée. Erronée parce que tel hôtel a passé au feu, parce qu’on a finalement trouvé un meilleur hôtel à moins cher, parce que la compagnie d’aviation a annulé cette rotation-là, etc.

« Au final, on se retrouvait devant des coûts faramineux d’impression et de distribution, une utilisation discutable de la brochure, on était surtaxés et frustrés à l’interne parce que oups!, on a un autre problème : il faut changer de date du programme, etc. »

Monsieur St-Pierre poursuit : « Arrive la pandémie, et là, toutes les horloges, tous les compteurs sont arrêtés. C’était, je pense, le petit coup de pied qu’on avait besoin. »

Les brochures 2020 étaient déjà produites et le voyagiste était déjà en travail pour l’année 2021 : « on s’est dits, ce n’est pas vrai, on ne va pas dépenser une grosse somme d’argent en brochures pour l’incertitude du moment. Et de là, le pas était minime à franchir pour dire que c’est ce qu’on avait besoin pour se lancer » explique Claude St-Pierre.

Le voyagiste ne se dit pas inquiet quant à la réaction du public consommateur. « On vit des années où la conscientisation est grande sur la consommation à outrance. On prend le pari que le consommateur va nous suivre dans cette mise en place et qu’il va consulter la brochure sur son iPad ou sur son ordinateur, et que le processus de réflexion va se faire plus en amont qu’avant » ajoute Monsieur St-Pierre.

La suite du message de la direction dans le Manuel :

« Mais avant tout, (ces brochures numériques) vous permettront de vous tenir informé en temps réel de l’évolution de nos dates de départ et même de nos nouveaux départs, ce que la brochure imprimée nous interdisait ! »

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.