Comment un voyagiste peut-il être «responsable»? Terres d’Aventure explique son modèle d’affaires

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Jad Haddad, directeur général de Terres d’Aventure Canada & Karavaniers

Dossier spécial. À la question « est-ce que les voyages peuvent vraiment être durables et responsables? », le tour opérateur Terres d’Aventure Canada & Karavaniers répond « absolument! ». Open Jaw Québec accueille en entrevue le directeur général, Jad Haddad.

Open Jaw Québec : Quel est le premier pas à franchir pour y parvenir?

Jad Haddad : Pour que le tourisme soit durable, son industrie doit l’être avant tout. Cela commence par des employés mieux payés et de meilleures conditions de travail. Puis, il faut mettre ceci sur table : le conseiller en voyage n’est pas un agent de réservation. Il est un concepteur de voyage. Chez nous, c’est la motivation des membres de notre équipe.

OJQ : Vous croyez que le tourisme peut vraiment être durable et responsable?

JH : Absolument! Mais il ne faut pas se mettre la tête dans le sable : notre domaine a un impact environnemental. Nous travaillons à réduire cet impact sur l’environnement mais on ne se le cache pas : il y en a un.

Maintenant, si on décide de poursuivre notre mission de faire voyager, et bien on a des choix à faire. C’est comme avoir une voiture : on a le choix de conduire une voiture à essence, hybride ou électrique. C’est dans cette optique que nous nous positionnons chez Terres d’Aventure.

Source: Terres d’Aventure

OJQ : Comment faire voyager son client en réduisant son impact sur l’environnement, c’est là l’idée?

JH : Plus précisément, on doit faire en sorte qu’il y ait une réduction de l’impact, et une compensation. Ce sont deux éléments distincts, et il est important de les distinguer. Chez nous par exemple, tous les voyages sont compensés à 100 %, donc portion terrestre et portion aérienne. Les déplacements de nos employés aussi sont compensés.

OJQ : Comment vous faites?

JH : Nous avons créé un modèle d’affaires basé sur la rentabilité, sur les valeurs environnementales, sur la reconnaissance de nos responsabilités et sur les actions concrètes. Et ce que nous disons, nous le faisons. Et notre stratégie marketing est la suivante : si nous faisons valoir une action, c’est que nous l’avons déjà mise en application.

Aussi, nous travaillons avec des organismes établis un peu partout sur la planète et dont leur mission est de trouver et appliquer des solutions pour réduire l’impact de nos activités sur l’environnement. Nous achetons des crédits carbones et cela s’inscrit dans le volet compensation. On a fait une recherche exhaustive sur le sujet et les projets dans lesquels nous nous impliquons sont certifiés Gold Standard, soit la plus haute qualification des crédits carbones.

Aussi, nous avons un calculateur de carbone par destination et nous donnons 1 % de notre chiffre d’affaires à One Percent For The Planet.

OJQ : C’est récent cette démarche?

JH : Nous travaillons ainsi depuis 10 ans.

OJQ : Et le volet réduction? Comment vous vous y prenez?

JH : Concrètement, pour la réduction de notre impact environnemental, nous identifions 3 points importants : organiser des voyages plus longs, prévoir moins d’escale durant les trajets en avion et réduire l’impact à destination.

Ce dernier point s’inscrit dans le concept « sans trace » et prend en considération la gestion des eaux, des déchets, le type de transport local qu’on utilise. Nous travaillons ensuite avec nos équipes à destination pour nous assurer que ces points sont pris en considération.

Open Jaw Québec : Est-ce difficile pour vous de trouver des partenaires, à destination, qui sont sur la même lancée que Terres d’Aventure? Et qui ont des pratiques responsables qui correspondent à vos objectifs?

Jad Haddad : Non. Nous l’expliquons d’abord du fait que nous travaillons avec des partenaires de longue date et nous avons des équipes locales. Aussi, quand un membre de notre équipe va à destination, pour faire de la formation ou du repérage, vérifier sur place les pratiques responsables fait partie de la mission. Par exemple, on observe comment la gestion des déchets est faite durant un trek dans le désert.

Nos partenaires à destination sont enthousiastes et adhèrent à notre volonté, et notamment pour cette raison : nos guides et nos équipes locales sont en amour avec la nature et leur coin de pays. Ils sensibilisent déjà les gens parce qu’ils voient sur place l’importance de préserver l’environnement. Ils sont les premiers à vouloir avoir encore un job dans le futur et à vouloir que l’industrie dans leur coin de pays reste en santé.

OJQ : Considérez-vous que, au chapitre de la sensibilisation, vous évoluez dans un domaine privilégié, celui du plein air?

JH : Je dirais que la conscientisation ne se trouve pas seulement dans notre domaine du tourisme d’aventure. Elle se trouve aussi dans d’autres domaines de notre industrie. Beaucoup de gens qui ne travaillent pas dans le tourisme d’aventure sont aussi et extrêmement responsables et ont des initiatives semblables aux nôtres. C’est davantage une affaire de valeurs d’une entreprise et d’un positionnement de marque. Mieux : c’est un mariage des deux.