Missions commerciales revues et corrigées, investissements qui révèlent l’avenir du produit. Comment la France embrasse le tourisme d’hiver de demain

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Dossier spécial. Au chapitre du tourisme d’hiver, la France n’est pas en mode déni, ni acharnement, ni panique. Mais elle ajuste son offre et prépare les prochaines années. Entrevue avec la Délégation Montagne d’Atout France.

Open Jaw Québec : Certains sonnent l’alarme sur l’avenir du tourisme du ski, tandis que d’autres ne s’en inquiètent pas du tout. Quel est l’avis de la France? Comment expliquez-vous qu’il y ait autant de disparités dans les regards sur la situation actuelle?

Damien Zisswiller, Délégation Montagne, direction Ingénierie, Développement et Prospective, Atout France : Nous croyons que, s’il y a autant de disparités dans les avis sur la question – il y a les perplexes et les rassurés – c’est d’abord parce qu’il y a beaucoup de diversités du côté des massifs. Le territoire français est composé de plusieurs massifs (alpin, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif Central) qui présentent de réelles différences en termes climatiques et d’influences océaniques. Et certains massifs sont plus vulnérables que d’autres.

OJQ : Y a-t-il une réelle inquiétude, en France, à l’égard de l’avenir du tourisme d’hiver? Principalement celui du ski?

DZ : Certaines stations ont un regard très pragmatique, comme la station de Métabief, dans le Jura. Il y a quelques mois, ils ont pris cette décision : « compte tenu des prévisions, on sait que, chez nous, en 2030, on ne pourra plus faire de ski. Alors profitons des 10 prochaines années qui nous séparent de cette année-là, pour construire un avenir qui peut être différent des activités hivernales qu’on connait aujourd’hui. »

Cette station étudie donc de nouveaux modèles d’offres sur la base d’un enneigement plus aléatoire. Elle regarde ce qu’elle pourra proposer d’autre à la clientèle, pour satisfaire quand même ce besoin qui restera : le besoin d’oxygène, nature, paysage, air pur.

Dans l’ensemble, les stations de basse altitude ont une perspective assez positive de la situation.

OJ : Les stations de basse altitude acceptant l’idée qu’un changement est en cours, cela crée-t-il une pression sur les hautes altitudes? Ces dernières se disent-elles nous sommes les stations de demain, alors nous devons assurer et envisager une hausse des visiteurs et des promoteurs?

DZ : Les stations de haute altitude envisagent certainement qu’elles devront éventuellement accueillir les skieurs qui fréquentent encore actuellement les stations de basse et moyenne altitudes. Elles reconnaissent qu’il y aura potentiellement des répercussions, une pression d’une certaine façon. C’est d’ailleurs pourquoi le plan Avenir Montagne Ingénierie a été mis sur pied et qui sollicite des solutions.

Dis-moi où tu investis et je te dirai dans quelle direction tu t’en vas

OJQ : Beaucoup de domaines skiables dans le monde investissent énormément dans les équipements de fabrication de neige, pour pallier à l’absence de neige par endroit ou par moment. Comment la France évolue-t-elle à ce chapitre?

Damien Zisswiller

DZ : En fait, les données sur les investissements en montagne indiquent ceci : l’investissement en neige de culture n’est pas le premier. Le premier est sur les remontées mécaniques. Et dans ce domaine, on voit moins d’investissements dans les remontées neuves qu’avant. Les stations investissent davantage dans l’entretien, la rénovation et la modernisation des remontées et autres équipements déjà existants.

Il y a 15 ou 20 ans, on avait beaucoup plus d’infrastructures neuves qu’aujourd’hui. De nos jours, il y a plus de modernisation des équipements existants que l’ajout d’équipements neufs.

OJQ : D’après les investissements, on voit clairement qu’on est en mode préparation, et qu’on accepte peut-être l’idée que rien n’est certain pour l’avenir?

DZ : Effectivement. Les investissements vont aussi de plus en plus sur les équipements qui permettent la pratique d’activités toute l’année, ou toutes saisons, et aussi sur les équipements qui permettent la pratique d’activités hivernales qui nécessitent moins de neige (la luge notamment, et les randonnées thématiques), pour ces périodes où les conditions d’enneigement sont et seront plus délicates.

OJQ : Votre industrie annonce-t-elle que dans un horizon moyen terme, le tourisme d’hiver deviendra un tourisme très exclusif? Et donc très cher aussi? Si le nombre de stations de ski régresse, celles qui perdureront ne pourront peut-être pas accueillir tous les adeptes de tourisme d’hiver? Alors ce tourisme deviendra-t-il un produit qui pourra être accessible qu’à un nombre restreint de visiteurs?

DZ : Ce ne sont pas les échos que nous avons. Au contraire je dirais. Il y a une réelle intention de maintenir cette activité la plus accessible possible. L’idée est de continuer à travailler pour avoir différentes typologies d’identités de stations, dont des stations où l’on peut apprendre à skier (donc accessibles en termes techniques et prix).

C’est forcément quelque chose qui va perdurer. Notre industrie ne peut pas faire de cette activité, une activité exclusive. Car cela finirait par rendre inaccessible cette activité, notamment auprès des jeunes – donc de nouveaux clients, qui assureront l’achalandage de la clientèle de demain.