Vacances de ski & neige : les belles années sont-elles comptées?

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Dossier spécial. Vous souvenez-vous de cet hélicoptère, en février 2020 en France, qui avait transporté de la neige, dans un filet, du haut vers le bas d’une montagne, pour permettre aux skieurs de continuer de skier?

Une photo avait fait le tour du Web. Celle-ci:

La station en question dans les Pyrénées, Luchon Superbagnères, qui manquait de neige pour poursuivre sa saison, s’était alors défendue : « C’est une opération courte qui va nous permettre de poursuivre notre action pour le ski, pour l’école de ski et pour tous nos clients, parce que si on n’a pas de domaine pour débutants, on ne peut pas fonctionner » avait rapporté France Inter.

L’Hexagone avait surnommé l’affaire « hélicogate » et la ministre Elisabeth Borne avait réagi en disant que « enneiger les stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible ».

Ouf! Une chance qu’elle l’avait spécifié…

Un cas isolé?

Est-ce que ce fut un cas bizarre isolé? Et bien non!!

France Inter nous apprenait également ceci : « la station des Pyrénées n’est pas la première à utiliser l’hélico pour transporter de la neige. Le 27 décembre dernier, ça s’est passé à Montclar dans les Alpes-de-Haute-Provence, sous les yeux du chef d’exploitation Valéry Vitte : « on avait des soucis pour redescendre les clients skis aux pieds, on n’avait pas assez d’enneigement, on redescendait les clients par le télésiège avec les skis sous les bras. Donc on a fait le choix de l’hélicoptère pour enneiger une partie de la piste. » »

Herbe à nu, pelles à la rescousse

Dans d’autres stations de ski françaises, c’est à coup de pelle et bras d’hommes que, fin décembre dernier, la neige a été déposée sous les skis des skieurs, du moins le long de couloir de remontée des skieurs. Les stations de ski des Vosges avaient donné naissance à des images chocs, dont celle-ci (voyez les pelleteux en arrière-plan), où l’absence d’enneigement est rendu un problème à solution délirante.

Le réseau d’information RTL, dans ce reportage, met en relief ce qui se concocte, dit et projette dans les stations de ski des Vosges et ses environs. Voici quelques grandes lignes :

– dans une étude publiée début 2020, Météo France prévoyait en moyenne montagne, à l’horizon 2050, une réduction de la durée d’enneigement de plusieurs semaines et de l’épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %. Les stations des Vosges sont en première ligne face à ces dérèglements. Certaines, comme celle de Ventron, l’an passé, ont même définitivement fermé, victime du manque de neige.

-« L’avenir, c’est le quatre-saisons, c’est clair » (dit l’office de tourisme de Gérardmer, ville qui accueille l’une des plus importantes stations du massif).

-« L’idée, c’est de s’ouvrir à d’autres activités génératrices de ressources mais peu gourmandes en frais de fonctionnement », avance le syndicat mixte de la vallée de Munster.

-« Les Vosges connaîtront sans doute encore de beaux hivers. Mais la problématique qui va se poser aux stations, c’est celle de l’investissement et du retour sur investissement. Il faudra trouver des alternatives au tout-ski, sans forcément l’exclure. »

Le réseau d’information RTL avait également diffusé ce reportage (ici sur YouTube) où certaines stations des Vosges et du Jura ont été à sec en saison – normalement – de neige.

Des cas uniquement dans les montagnes et Alpes françaises?

Est-ce que le trafic bizarroïde de la neige s’est produit uniquement en France et les Alpes? Et bien non!!!

« Pour la 24e édition des JO d’hiver, à Pékin, les épreuves de ski alpin se dérouleront sur un tapis de neige 100 % artificielle. A côté des pistes, pas un flocon. La région des sites olympiques, à Yanqing et Zhangjiakou, est connue pour sa sécheresse hivernale. Si Pékin avait promis une édition « verte », ces JO pourraient être les moins durables de l’histoire » nous soulignait le mois dernier le journal Le Nouvel Obs dans ce dossier.

Collaborateur à l’Observatoire des transnationales et économiste français, Maxime Combes avait aussi posté ceci sur Twitter : « Les JO d’hiver qui débutent au nord de Pékin se déroulent dans une région où il ne neige quasiment jamais. Résultat : 100% de la neige est artificielle, soit plus de 185 millions de litres d’eau. 20 000 arbres ont également été abattus dans une zone protégée. »

Sommes-nous en train de vouloir sauver le ski à tout prix, sur la planète?

Le journal Nouvel Obs a diffusé un autre grand reportage sur le sujet qui montre des signes d’une tendance lourde. Dans un dossier intitulé Faut-il sauver le ski à tout prix?, dans un contexte de réchauffement climatique, on nous invitait à la réflexion suivante :

« Quel avenir pour les sports d’hiver en France face au réchauffement climatique ? Faut-il multiplier les infrastructures ou au contraire réfléchir à un modèle touristique plus durable ? L’enjeu est de taille pour l’économie locale.

« L’avenir du ski face au réchauffement est devenu un sujet brûlant, particulièrement dans les stations de basse et moyenne altitudes : plusieurs dizaines d’entre elles ont déjà mis la clé sous la porte, faute de poudreuse. Faut-il sauver le ski à coups d’investissements faramineux – pour déplacer les stations vers les sommets – ou de canons à neige ? Un tiers des pistes françaises sont déjà équipées d’enneigeurs, une proportion qui devrait grimper au minimum à 45 % dans les prochaines années, si l’on souhaite maintenir la pratique actuelle, selon le Centre national de Recherches météorologiques. »

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Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.