Relais & Châteaux StoneHaven Le Manoir : striptease, Maxime, Red Light District et or 24 kt

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Open Jaw Québec a récemment séjourné à l’hôtel StoneHaven Le Manoir Relais & Châteaux. L’expérience cliente au banc d’essai, on vous la raconte ici.

Ma présidente m’avait dit: « tu vas te régaler Isabelle! ». Mon séjour de 24 heures débute aujourd’hui jeudi. J’avais donc décidé d’arrêter de manger mardi dernier.

À peine ma voiture stationnée devant l’entrée de cet hôtel situé à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, il fait son entrée à l’extérieur.

« Bonjour! Bienvenue au StoneHaven Le Manoir! » m’adresse Maxime, l’Ambassadeur de la maison, habillé d’un sourire radieux et d’un regard franc.

Je lui rends les salutations. Il m’aide à sortir mes bagages et me propose d’aller lui-même stationner ma voiture dans le stationnement.

J’entre dans l’hôtel. Le poste d’accueil se trouve à droite. Je m’y rends pour m’enregistrer.

-« Votre chambre est la 111 Madame Chagnon » m’apprend-t-on.

-« Ah!! La 111, c’était la chambre de la première gouvernante de Monsieur McGibbons, celui qui a fait construire ce manoir de 1904 à 1908 pour se soigner de la tuberculose. Il voulait vivre ici, dans un environnement d’air pur, m’informe Maxime. Venez, je vous y emmène. »

Je fais demi-tour et contourne une colonne de brique qui s’échappe du sol en plein milieu de la pièce.

-« C’est une cheminée d’origine. Elle est intacte. Ce n’est pas la seule ici. Vous en verrai d’autres. »

Sur ces mots de Maxime, j’aboutis de l’autre côté de cette cheminée constituée de quatre parois de briques rouges, et je fige. Devant moi, s’étire à perte de vue un couloir, et tout au bout de celui-ci, loin là-bas, pile au centre, des flammes s’agitent. L’effet visuel est saisissant.

-« C’est une autre cheminée qui date de 1912, dans la salle de bal. C’est dans cette salle que Monsieur McGibbons a tenu de très nombreuses soirées et grandes fêtes. Les dernières années de sa vie, il a dépensé sans compter. Il s’était remis de la tuberculose mais des années plus tard, il avait un secret, celui d’une autre maladie. Il ne l’avait dit à personne. Même pas à son épouse. Il s’était dit qu’il allait en profiter jusqu’au bout de sa vie, en organisant plein de fêtes. À cette époque, tous les habitants de la région de Sainte-Agathe le connaissaient. On lui reconnaissait une grande générosité. »

Je constate que Maxime est l’homme de la situation. Ses connaissances sur l’histoire du StoneHaven Le Manoir semblent au beau fixe. Il ne faut pas que je le perde de vue!

Maxime doit certainement flairer que je brûle d’envie d’aller voir cette salle de bal. Avant d’aller à ma chambre, il me propose de la visiter à l’instant.

Nous traversons le long couloir. Au passage, j’aperçois rapidement, de la gauche et de la droite, bar, salle à manger et plusieurs salons, mais la salle de bal est l’urgence du moment. Nous y aboutissons. Je descends les deux marches de l’entrée et me voilà plonger dans une grande pièce où plancher de bois d’origine, boiseries, vitraux colorés et balustrade de bois à l’étage m’invitent à voyager dans le temps.

La salle de bal

« Après avoir appartenu à Monsieur McGibbons, le manoir a été la propriété de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée. C’était une sorte de CHSLD. On y soignait les retraités malades de la Congrégation. La salle de bal est devenue leur chapelle et la mezzanine était à l’époque couverte de vitres de 8 pieds de haut. Les malades avaient accès uniquement à cette mezzanine, pour assister au service religieux qui se déroulait en bas, et les vitres servaient à les isoler pour éviter la propagation des maladies. »

Mon regard brosse la pièce vers le haut. Je découvre une fresque sublime qui lèche le plafond et qui met en scène un paysage verdoyant de nature.

« C’est une artiste d’ici qui l’a peinte. C’était important pour Monsieur Coulombe que ce soit réalisé par une artiste d’ici. »

-« Qui est Monsieur Coulombe? » je demande.

-« L’actuel propriétaire. Depuis 2015. Un homme d’affaires et surtout un collectionneur. »

-« Il collectionne quoi? »

-« Les objets et œuvres d’art qui datent des années 30 ou avant. Uniquement. Vous verrez, ici, il y en a partout! Il voyage dans le monde pour aller les chercher. C’est sa marque de commerce. »

La chambre 111

Nous mettons maintenant le cap sur ma chambre 111, située à l’étage. J’ouvre la porte et waouh! Je découvre une très grande pièce dotée de très grandes fenêtres donnant sur jardin et forêt, d’un foyer au gaz, d’un très grand lit couvert de blanc, d’un ameublement d’époque en bois, toiles anciennes sur les murs et sculpture animalière sur le manteau de cheminée. L’espace ne manque pas. Je pourrais m’élancer dans un triple-boucle-piqué façon olympique sans danger de tout fracasser.

« Les chambres sont de taille différente. Pour préserver le caractère historique du bâtiment, aucune modification en ce sens n’a été apportée » m’explique Maxime.

Je pousse la porte de la salle de bain. Surprise : c’est un igloo! Tout est blanc. Immaculément blanc! À peine une discrète table de bois. Chaque détail a été blanchi de blanc : céramique, bois, accessoires, tout. Les parois de verre entourant la baignoire décuplent l’effet en laissant voyager la lumière dans la pièce. L’environnement est rafraîchissant!

La salle de bain de la chambre 111

Dans tout cet espace de ma chambre, un détail retient également mon attention : les équipements de chauffage. D’authentiques calorifères. Ceux qui longent les fenêtres ont été légèrement camouflés dans un coffrage de bois. Plus sécuritaire sans doute, habillage délicat en tout cas.

Je remercie Maxime et plonge dans un bain chaud relaxant, puis j’enfile mes vêtements de soirée. C’est l’appel de l’apéro. Je descends au rez-de-chaussée et me dirige au bar de l’hôtel. Je demande au barman une bière.

« Nous proposons des bières artisanales qui proviennent de la microbrasserie Camp de Base de St-Adolphe d’Howard, dans les Laurentides. Nous privilégions les produits locaux… » m’explique-t-il.

La salle à manger

Je lui détaille mes préférences en termes d’arôme, robe et saveur, et lui demande si je peux aller siroter cette bière qu’il choisira pour moi dans la salle de bal. « Vous pouvez savourer votre apéro où vous voulez chère madame! ».

Je traverse alors à nouveau le long couloir. Cette fois-ci, je prends mon temps. Et mes yeux découvrent le décor ambiant. À l’extérieur, la nuit commence à tomber. À l’intérieur donc, la nuit est en train de s’animer…

Les intérieurs sont intrigants. Il y a des salons partout. Des coins discussion ici, des espaces admiration là. Les œuvres d’art sont chevaux de bronze, statuettes centenaires, secrétaires de bois, globe terrestre piédestalisé.

L’aménagement des lieux ne tombe pas dans l’excès des objets. Le nouvel initié d’un décor du genre pourra plonger en douceur et prendre son temps pour voyager dans le temps.

Je poursuis mon inspection. Ici un jeu d’échecs, là un coffre et des livres aux reliures d’époque. Le mobilier est cossu, largement de cuir brun. Capitonné impeccable et en plusieurs versions. Le visuel, les textures et les courbes se conjuguent au masculin, celui qui est amoureux des femmes et des soirées arrosées. L’ensemble nous plonge rapidement dans des images souvenirs des années 20, où le whisky se consommait un cigare fumant à la main.

Le salon de la bibliothèque

Le barman me rejoint et m’offre une bière rousse foncée, la V7 du micro-brasseur. Je pose mes lèvres : un délice!

Il est 18h30. Ah non! Je ne suis pas prête pour le souper. J’ai encore des cuirs capitonnés à caresser…

Je me présente à l’accueil de la salle à manger. L’hôtesse me rejoint. Je dégouline d’excuses :

-« S’il-vous-plait auriez-vous l’amabilité de me permettez-vous je vous prie de m’accorder désolée encore un peu de temps apéro avant de m’attabler? Svp? »

-« Mais bien sûr! » me répond-t-elle.

Je retourne sur le champ à mon périple salons. À l’extérieur, la nuit s’est maintenant bien installée. À l’intérieur donc, c’est l’heure où tout le potentiel lumineux et ambiant est déployé… C’est alors qu’il s’anime autour de moi un véritable… striptease! Les belles de nuit deviennent explosives! Elles sont vêtues de vert, de bleu. Les jaunes chauds forniquent avec les rouges brûlants. Leurs silhouettes sont aguicheuses. Tantôt arrondies, tantôt incarnant la pluie…

Belle de nuit baptisée Tiffany

Ces effeuilleuses merveilleuses sont très lumineuses, et s’appellent du même prénom : Tiffany. Elles sont juchées sur pied, installées sur commodes à hauteur du regard et pendouillent par endroit depuis le plafond. Elles sont séduisantes, raffinées et éclatantes de beauté…

Comme une gamine qui cherche son Best Friend, je cherche Maxime. Je le croise au tournant de la bibliothèque où briques et cuir capitonné sont les stars de l’aménagement.

« En 1995, la Congrégation a quitté les lieux. En 2004, la propriété a été transformée en spa mais le succès ne s’est pas pointé. Monsieur Coulombe en a fait l’acquisition. Il a ouvert le StoneHaven Le Manoir en 2019, après 4 ans de rénovation » me raconte Maxime.

Mon estomac crie famine. Je me présente à la salle à manger. On m’assigne une table dans la Véranda. J’empoigne le menu signé Éric Gonzalez, un étoilé Michelin dès l’âge de 27 ans: macaron foie gras et grenade, betterave en variation chèvre frais et pacane caramélisée, porcelet en croquette crousti-fondante, perdrix suprême rôtie pomme & chou rouge, cavatellis maison à la ricotta crème de morille…

Mon cerveau bascule en mode au secours. Il y a de ces choix pas faciles à faire même avec la plus grande volonté de l’affamée.

Petit mot au chef…

J’ai soudainement un flash : j’écris ce petit mot, que je remets au serveur pour qu’il l’apporte à la cuisine : « Bonsoir chef! J’ai faim! Préparez-moi ce dont vous êtes le plus fier. »

Le défilé culinaire s’amorce. Le chef m’offre une entrée de saumon certifié Oceanwise en carpaccio lime, espelette, aromate et œuf mimosa. Visiblement, ici, les œuvres d’art ne sont pas que l’affaire du mobilier. Le saumon est une dentelle et l’œuf scintille…

À la table d’à côté, un couple. J’écoute aux portes. Quand on est seule, on écoute aux portes, tout l’monde sait ça… J’apprends que ce couple célèbre son 38ème anniversaire de mariage. Pour l’événement, monsieur a décidé que ce soir, madame allait être la plus belle…

C’est visiblement une réussite. Madame sourit et s’exclame. La conversation s’agite. Les ah! s’enchaînent aux oh! L’agitation pique ma curiosité. Je constate que madame déguste le même plat que le mien et en fait… tout un plat. Elle pointe son assiette du doigt : « c’est de l’or 24 carats » explique le serveur…

Saumon en dentelle, oeuf mimosa et ses flocons d’or 24 carats

Je replonge mon regard sur l’œuf et reconsidère sa déco. Quoi? Le truc qui scintille, c’est de l’or? J’interpelle le serveur.

« L’or 24 carats est le seul qui est comestible » m’explique-t-il…

L’omble chevalier prendra la relève sur ma table. À chaque livraison du service, le personnel décortique le CV. Mon cerveau capte ici les mots riz noir et sirop d’érable…

Au dessert, on bascule dans l’indécence sucrée : un podium à cinq piliers chocolatés, avec dentelle sucrée assortie, clôture l’aventure culinaire de ma soirée. Sur l’un des piliers chocolatés, il y a des perles dorées. « Elles sont faites de caramel de sel » m’explique le serveur.

Je décide d’arroser la conclusion de mon repas divin avec un thé. Quand on séjourne dans un Relais & Châteaux, le thé ne s’appelle pas simplement Earl Grey. J’opte pour l’appellation Taïga, qui se révèle une explosion boréale qui interpelle le castor au fond de soi! Sapin, bleuet sauvage, peuplier et genévrier peuplent ce breuvage absolument succulent signé de la maison québécoise Camellia Sinensis.

Après le repas, histoire de faire équipe avec ma digestion, je décide de poursuivre mon circuit muséal dans l’hôtel. Je me dirige vers le bar. Les fauteuils sont ici aussi de cuir brun, le comptoir de bois, et l’incontournable Tiffany donne admirablement du relief à tout ça.

Je scrute attentivement l’aménagement des lieux et découvre, derrière le bar, le clou du spectacle : le Red Light District de la place!

Le Red Light District du StoneHaven Le Manoir

Il y a une vitrine et derrière celle-ci, elles sont là, allongées, en rangée. Vêtues de rose, de blanc, de dorée et d’argent. Aguicheuses. Pulpeuses. Leurs silhouettes diffèrent quelque peu, mais elles proposent toutes un plaisir de la vie… Je m’approche et prends note de leur prénom : Moët & Chandon, Ruinart, Taittinger, Ayala, Shaman 17 ou encore Les Grandes Lignes Clandestin…

Je poursuis mon périple et monte à l’étage. En silence, j’arpente tous les couloirs et les passages. Les tableaux anciens petit et grand formats surveillent ici aussi les Tiffany, les bronzes et les boiseries.

Le lendemain matin, le petit déjeuner me régale notamment d’un jus fraîchement pressé banane-canneberge-cerise-mangue. Une bombe de douceur et saveur!

À la table d’à côté, le couple de la veille est attablé. Madame est toujours radieuse, et monsieur, toujours très amoureux. De notre table et notre fenêtre respectives, nous admirons le paysage. À l’extérieur, le spectacle est fabuleux : durant la nuit, Mère Nature a refait les peintures. Une neige printanière tardive couvre tout de blanc. La propriété du StoneHaven Le Manoir, d’où nous avons une vue sur le célèbre Lac Des Sables de Ste-Agathe, est magique.

Chaussures couleur boiserie aux pieds et complet impeccablement ajusté, Maxime se pointe. Il fait la tournée des tables pour nous saluer. Il prend des nouvelles de notre sommeil et du programme de la journée de chacun pour mieux distribuer ses recommandations d’Ambassadeur.

Je quitte ma table et me dirige au spa de l’hôtel situé dans un bâtiment connexe. Cet avant-midi, j’ai un rendez-vous avec mon péché mignon : un massage détente de 90 minutes.

La massothérapeute dégouline à son tour d’excuses : « il y a une panne d’électricité dans la ville. Nous sommes désolés » me dit-elle.

-« Hein? Une panne? Où ça? Éclairage, musique, tout fonctionne ici! » je m’exclame.

-« Nous avons une bonne génératrice! » elle me répond.

Je retire mes vêtements et m’allonge. Par chance, l’absence d’électricité n’a aucun impact néfaste sur la chaleur ambiante.

Le massage commence.

Est-ce là le seul indice du manque d’électricité, les mains de la massothérapeute sont un peu frisquettes. J’étudie en silence la conséquence. La massothérapeute ne le sait sans doute pas, mais elle vient peut-être d’inventer une technique de massage magnifique : ses mains fraîches décuplent l’effet apaisant du toucher sur mon corps chaud. La sensation est agréablement croustillante!

Après mon massage, je récupère mes bagages, libère ma chambre, remercie chaleureusement le personnel sur place et me confie qu’un peu d’exercice à déblayer ma voiture enneigée me fera le plus grand bien pour digérer mes délicieux repas.

Je fais mon entrée à l’extérieur et me dirige vers le stationnement. Oh non! Je découvre que mon projet gym-parking est foutu! Maxime a déjà impeccablement déneigé ma voiture, celle du couple amoureux et de tous les autres visiteurs de l’hôtel…

Photos : Isabelle Chagnon

Notre journaliste était l’invitée de l’hôtel StoneHaven Le Manoir.