Cies low costs : monnayer des oublis, facturer la confusion et autres subterfuges pour faire leur argent

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Dossier. On ne peut quand même pas en vouloir à une compagnie à but lucratif de brasser les éprouvettes pour trouver des formules pour être lucrative. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est de grattouiller pour scruter comment les compagnies aériennes à bas prix font pour offrir aux voyageurs des prix hallucinament bas sans oublier de s’enrichir.

Le mois dernier, la compagnie aérienne à bas prix Volotea proposait des billets d’avion à partir de 9 euros au départ de Lille-Lesquin. 9 euros. Pour un vol en avion. Vers 28 destinations en France, Espagne, Italie ou encore la Grèce.

Oui, 9 euros, vers l’Espagne, l’Italie…

Histoire de se rappeler comment c’est possible, et surtout savoir dans quelles conditions les voyageurs doivent voyager, remémorons-nous et faisons une mise à jour sur la façon dont ces compagnies s’y prennent pour afficher des tarifs anorexiques.

Monnayer les oublis et les « j’ai pas fait attention » des voyageurs

Les voyageurs qui voyagent sur les ailes du transporteur low cost Volotea ont intérêt à s’occuper de leurs affaires : « vous feriez mieux de ne pas oublier de vous enregistrer en ligne, parce que Volotea vous fait payer 30 euros pour vous enregistrer à l’aéroport! » nous informe le site Claim Compass.

Volotea n’est pas le seul : « Wizzair vous fera payer entre 10 et 30 euros pour vous enregistrer à l’aéroport plutôt qu’en ligne. C’est notamment parce que l’enregistrement en ligne des passagers aide les compagnies aériennes à économiser de l’argent en réduisant leurs coûts (papier, personnel et temps) ce qui vous est aussi profitable puisque cela leur permet de vous proposer des tarifs à coût moins élevé. »

« Si l’on ne fait pas attention, ces frais annexes peuvent atteindre facilement plus de 50 % du prix du billet d’avion initialement payé. Il ne faut pas y voir une arnaque mais simplement des règles à connaître » dédramatisent certains observateurs.

Ces mêmes observateurs font état des frais pour un bagage en soute. Et nous rappellent une pratique courante :

« Si vous devez mettre un ou des bagages en soute, réservez-les et payez la facture en ligne au moment de la réservation. L’erreur est d’annoncer à l’enregistrement une valise non prévue: vous risqueriez de payer trois fois plus cher une fois à l’aéroport. Oui, trois fois plus cher. Si le prix était de 20 euros en ligne, il sera de 60 euros sur place. Sachez aussi que le prix d’un deuxième bagage en soute n’est pas le même que le premier: jusqu’à 10 fois plus cher chez Ryanair en haute saison. »

Facturer du vent

Ce qui est éloquent quand on observe attentivement le sujet, c’est de constater l’application de frais sur des points qui ne coûtent rien au transporteur aérien.

« Tout se paie chez Ryanair, que ce soit pour emporter un bagage, pour choisir son siège ou même monter à bord de l’avion en premier (et on ne parle pas ici de l’embarquement prioritaire pour ceux qui ont acheté la Classe Affaires). Évidemment, toutes ces options n’ont aucun coût pour la compagnie aérienne. Cela est donc du pur bénéfice » nous rappelait ici TF1 Info, dans un récent dossier sur la question.

Tactique au-delà des frais chargés aux pax

Facturer tout plein de frais supplémentaires aux passagers est un sujet qu’on aborde toujours amplement quand on parle des compagnies aériennes low costs.

Mais leur tactique va au-delà.

« Tout part de l’organisation même de l’appareil, nous dévoile TF1 Info. Ainsi, certaines compagnies font le choix d’adopter un seul et même modèle d’avion pour toute leur flotte. « On fait des économies sur la formation des équipages et des mécaniciens, car ils ne sont formés qu’à ce petit avion », explique Muriel Assouline, directrice générale d’une compagnie aérienne.

« Le modèle choisi par sa compagnie, l’Airbus 350, est par ailleurs doté d’une des soutes les plus grandes, permettant à l’entreprise de la rentabiliser en chargeant des marchandises en plus des bagages. « Le fret représente à peu près 25% de notre recette du chiffre d’affaires qu’on enregistre sur chaque vol », souligne Muriel Assouline.

« Mais le nerf de la guerre pour faire des économies, c’est le nombre de places à l’intérieur de l’avion, poursuit l’analyse. Tout est bon pour ajouter des sièges. La classe affaire est supprimée et la taille du couloir est réduite pour pouvoir mettre dix sièges sur une même rangée. « Cela permet de pouvoir mieux rentabiliser les vols et de gagner plus d’argent et d’offrir de meilleurs tarifs », justifie encore la directrice. Le nombre d’hôtesses et de stewards est également réduit. »

Ces règles qui peuvent nous échapper

« Certains bagages qui sont considérés comme bagages cabines chez certaines compagnies aériennes, ne le sont pas pour d’autres. C’est là qu’on se retrouve parfois avec une mauvaise surprise », souligne Paul Chiambaretto, spécialiste du transport aérien, également dans ce dossier.

« Une fois dans l’avion, tout est fait pour mettre le passager en appétit, le personnel de l’air incitant à consommer, ce qui n’est pas un hasard. « Une partie de leur salaire est indexée sur ces ventes. Étant donné que leur salaire de base est beaucoup plus faible que dans les compagnies traditionnelles, le meilleur moyen de s’enrichir pour eux, c’est de vendre », explique encore Paul Chiambaretto. Tous ces suppléments représenteraient jusqu’à 50% du chiffre d’affaires d’une compagnie à bas prix », ajoute l’analyse.