Affaire «Champagne» : une avocate de Sunwing avoue que le voyagiste économisera 1 % sur le dos des agents

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Avis à tous les cuirs chevelus : une avocate mandatée par Sunwing, qui a plaidé au tribunal, il y a deux jours, dans l’affaire du projet de règlement suite à un recours collectif baptisé « Champagne », aurait défendu des choses qui risquent de grattouiller.

L’Association des agents de voyage du Québec (AAVQ) vient de nous rapporter ce qui s’est dit à la cour, alors qu’il y avait présentation devant juge de l’inquiétude de l’AAVQ en regard du projet de règlement proposé par Sunwing.

Rappelons d’abord le contexte :

-en 2017, un voyageur québécois estime la publicité trompeuse de Sunwing, qui dit servir du champagne à bord des avions alors que c’est du mousseux

-avril 2018, la Cour supérieure du Québec autorise un recours collectif au nom de tous les consommateurs de la province qui ont acheté, entre le 10 février 2014 et le 16 avril 2018, un voyage auprès de Sunwing et dont la publicité indiquait le mot « champagne »; traduction : cela correspond à des centaines de milliers de voyageurs/voyages

-octobre 2022 : une entente de règlement à l’amiable est proposée par Sunwing : un rabais de 7 % sera offert à chacun de ces consommateurs visé par le recours; traduction : cela correspond à des centaines de milliers de voyageurs/voyages

-octobre 2022 toujours : l’AAVQ prend connaissance de cette entente, mesure son impact dans notre industrie et contextualise le tout sur le plancher des vaches.

Et fait un saut de type triple boucle piquée.

Pourquoi?

Parce que pour se prévaloir du rabais de 7 %, Sunwing obligera les membres de ce groupe, dans le cadre de cette entente, à réserver leur voyage directement dans le site Internet de Sunwing. Et non auprès d’un agent.

Pourquoi?

Parce que Sunwing en a décidé ainsi.

Conséquence 1 : les agents de voyage sont automatiquement excluent des ventes.

Conséquence 2 : ils perdront leur commission de 8 %.

Conséquence 3 : « en bout de ligne, ce sont les agents qui, en perdant leur commission de 8 %, vont finalement financer le rabais de 7 % » dénonce Moscou Côté, président de l’AAVQ.

La cerise sur le gâteau

Conséquence 4 : 7 moins 8 égal moins 1.

Traduction : selon cette entente, Sunwing économisera 1 % sur chaque vente concernée!

La cerise sur la cerise sur le gâteau

« L’entente prévoit que c’est pendant trois ans que ces consommateurs pourront réserver des voyages, et ce autant qu’ils le désirent, mais aussi des voyages pour jusqu’à 5 compagnons de voyage par dossier de réservation » peine à prononcer Moscou Côté.

Retournons au tribunal.

Le 31 octobre dernier donc, il y avait plaidoyer devant juge, avec d’un côté les avocats de Sunwing, et de l’autre les deux piliers de l’AAVQ, soit Moscou Côté et Éric Boissonneault, vice-président de l’association.

« Quand nous avons mentionné que le projet d’entente excluait les agents et conseillers, l’avocate de Sunwing a dit ceci durant l’audience : « les clients qui ont besoin d’informations pour leur voyage pourront quand même aller consulter leur conseiller et ensuite devront réserver sur le site [de Sunwing] pour avoir leur rabais » » nous rapporte aujourd’hui Moscou Côté.

Une cerise sur plein de cerises sur le gâteau

« Quand nous avons mentionné que nous voulions nous assurer que seuls les clients ayant voyagé avec Sunwing de 2014-2017 soient ceux qui pourront obtenir le code « promo » pour obtenir le rabais de 7%, la même avocate a dit: « nous, monsieur le juge, avons aucun intérêt à empêcher quiconque d’obtenir un code puisqu’on économise 1% » ».

Oups!

Maladresse?

Méconnaissance du fonctionnement de notre industrie?

Monsieur Côté précise ici que cette avocate a prononcé ces mots dans un contexte où « le but était de rassurer le tribunal que les membres de l’action collective n’auraient pas de problème à obtenir les codes. »

« Ce qui est très surprenant, c’est que l’avocate de Sunwing ne s’est pas gênée de dire au juge que leur but, c’est de donner un code de promo à plein de monde » a ajouté Éric Boissonneault.

L’AAVQ fulmine…

« Donc, à peine voilés, ils avouent que cette entente est un bénéfice pour eux !!! » n’en revient pas Moscou Côté.

…mais garde espoir :

« Cette avocate est une externe. Elle n’est pas une employée de Sunwing. J’ose croire et espère encore que ce n’est PAS la position de Sunwing! » souligne Monsieur Côté.

« Je trouve par contre très dommage que, 48 heures après notre passage au tribunal, nous n’ayons pas encore eu de suivi ou rectification sur ces dires, de la part de Sunwing » a ajouté Éric Boissonneault.

Moscou Côté a poursuivi : « lors de notre Gala de la semaine dernière, Lyne Chayer (directrice générale de Sunwing) a dit: « Moi, je dis toujours qu’il n’y a pas de problème dans la vie, il n’y a que des solutions. Alors, on va travailler à trouver des solutions pour continuer notre partenariat! »

« Après avoir entendu les dires des avocats, il est maintenant temps que Sunwing nous prouve notre importance. Nous en avons confiance car les mots de Lyne lors du Gala étaient sensiblement rassurants. »

Et maintenant?

L’AAVQ nous informe que le juge, ayant pris la cause en délibérée, a annoncé qu’il tentera de rendre son jugement avant Noël.

« Il a ni plus ni moins que 2 options à envisager : 1) accepter l’offre de règlement tel quel, 2) la refuser complètement. Le juge ne peut pas modifier le projet de règlement, précise Moscou Côté.

« S’il la refuse (ce que nous demandions), la cause Champagne retournera dans le processus judiciaire pour aller à procès et il est toujours possible que les partis négocient une nouvelle entente. »

Open Jaw Québec a contacté Sunwing ce matin afin de récolter leurs commentaires, mais a essuyé un refus.