Pérou: pourquoi la crise actuelle risque de perturber le tourisme pour longtemps

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La crise qui secoue le Pérou actuellement a de lourdes répercussions sur le tourisme dans tout le pays. Des observateurs signalent que ces répercussions auront des conséquences à long terme. Voici pourquoi.

On a endommagé le chemin de fer qui mène au Machu Picchu

Outre la marche le long de sentiers, le train est l’unique moyen de rejoindre le joyau touristique qu’est le Machu Picchu – et d’en repartir donc.

Mais voilà : en fin de semaine, on apprenait que quelque 400 touristes étaient – et seraient encore pour certains – bloqués au pied du célèbre site faute de pouvoir remonter dans le train pour s’en aller car « par mesure de précaution, les autorités ont préféré fermer le site, situé dans une vallée encaissée, difficile d’accès. Les touristes ont ordre de quitter les lieux, mais les trains sont rares » rapporte France Info.

Ce n’est pas tout : les touristes ne peuvent pas quitter les lieux parce que « des protestataires ont endommagé les voies » rapporte Geo. Plus encore, « selon la compagnie qui exploite la ligne ferroviaire, des rails ont été retirés » rapporte Le Monde.

Certains craignent que les réparations prennent beaucoup de temps : la situation est à ce point tendu que « un train spécial avec des cheminots pour réparer la voie doit être encadré par des forces de l’ordre », rapporte également Geo.

On apprenait aussi que « samedi matin, les autorités ont annoncé la fermeture du réseau de sentiers incas (accès terrestres, Chemin de l’Inca) et de la Llaqta (citadelle) du Machu Picchu (…) en raison de la situation sociale et pour préserver la sécurité des visiteurs », selon un communiqué du ministère de la Culture.

On craint les faillites d’hôtels à cause de la crise alimentaire

Dans une entrevue accordée à rfi, le professeur François Vellas, expert auprès de l’Organisation mondiale du tourisme, a indiqué que « le Pérou était, jusqu’à présent, quatrième destination en Amérique latine. Et les recettes touristiques du Pérou permettaient à ce pays de financer une partie importante des achats d’importations en devises.

« Étant donné que le Pérou, actuellement, subit une crise alimentaire très grave, on peut penser que les répercussions risquent d’être dramatiques puisque les entreprises touristiques du Pérou, notamment son secteur hôtelier qui était très exportateur, risquent de faire faillite. »

On craint que le développement touristique soit déjà remis en cause

« Le Pérou était en train de développer de nouveaux sites touristiques à côté de l’ensemble de Cuzco et du Machu Picchu, a poursuivi le professeur François Vellas, qui permettaient de faire une diversification et donc de diffuser les recettes touristiques internationales sur l’ensemble du pays.

« Ce site est aujourd’hui remis en cause par ces événements dramatiques »

Le pays est devenu ingouvernable, donc instable

Le Pérou connait une crise politique depuis plusieurs années. Conséquences : les heurts entre manifestants et forces de l’ordre font des morts, l’état d’urgence est décrété, différents droits sont suspendus : liberté de circulation, de réunion ou inviolabilité du domicile.

« Mais les causes sont peut-être plus profondes, analyse Actuailes.fr. En effet, la misère a explosé ces dernières années, surtout dans les régions rurales où les manifestants sont nombreux. »

L’instabilité politique et une population imprévisible n’ont jamais fait bon ménage avec le tourisme.

On craint de plus en plus que le Pérou « sombre dans la pauvreté comme le Venezuela ».

Aujourd’hui, au Pérou comme dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, on continue de témoigner de la « pauvreté, violence, production de drogue, corruption ou encore instabilité politique. La crise économique mondiale consécutive à la guerre en Ukraine les a aggravés ».

Remboursement des billets pour le Machu Picchu

Le magazine Coup d’œil rapporte que, selon le ministère de la Culture du Pérou, « les touristes qui avaient déjà acheté des billets pour le Machu Picchu à partir de samedi (21 janvier 2023) jusqu’à un mois après la fin des manifestations pourront obtenir un remboursement complet ».

Rappelons que les manifestations du moment sont stimulées par la réclamation de la démission de la présidente du pays, Dina Boluarte.