Elle avait 20 ans quand elle a poussé, pour la première fois, les portes de notre industrie. Quarante-et-un ans plus tard, elle ferme les volets. Et elle nous promet toutefois de rester tout près…

Figure non seulement bien connue, mais très respectée dans notre industrie du voyage, Manon Doucet vient de se confier à Open Jaw Québec, à l’annonce de sa retraite.
Un peu tristounette de lui dire au revoir, mais ô combien heureuse de l’avoir côtoyée pendant de nombreuses années, j’ai pris, au nom d’Open Jaw Québec, quelques instants avec Manon pour échanger des souvenirs et lancer quelques souhaits dans notre univers.
Entrevue.
Open Jaw Québec : Manon, pourquoi nous faire ce coup-là? Pourquoi nous quitter???
Manon Doucet : (rire) j’ai accompli ce que j’avais à accomplir. Mon mari était lui aussi en affaires et il a pris sa retraite il y a deux ans. Le moment est venu pour moi.
Open Jaw Québec : comment résumeriez-vous vos 41 années dans notre industrie?
Manon Doucet : un grand bonheur! 41 années de rencontres multiples, à côtoyer des gens qui m’ont appuyée et aidée pour aller plus loin dans l’industrie, qui m’ont offert des postes stimulants, qui m’ont permis de comprendre quel était mon potentiel dans cette industrie.
J’annonce que dès aujourd’hui, je cesse de piloter des dossiers de réservation individuelle, mais je vais organiser et accompagner des groupes pour l’agence Club Voyages Solerama/Voyages Paradis et Groupe & Compagnie. C’est drôle parce que je termine de la même façon que j’ai commencé, il y a 41 ans, quand j’accompagnais des groupes!
Je regarde mes 41 années dans l’industrie et oui, j’en suis très heureuse, car j’ai eu le privilège de rencontrer des gens qui ont eu confiance en moi. Et ça, ça m’a beaucoup touché.
Open Jaw Québec : savez-vous pourquoi ces gens ont eu tant confiance en vous?
Manon Doucet : probablement en raison de la façon dont je traite les personnes, avec respect. Sans doute aussi en raison de ma persévérance à vouloir comprendre l’industrie, comprendre ce que je faisais, ce que je vendais. J’ai toujours travaillé fort à comprendre les produits que je vendais, je n’ai jamais fait les choses à la légère.
On m’a sans doute fait confiance également sur la base de ma compréhension du marché et parce qu’on a senti une grande intégrité chez moi, par rapport aux personnes avec qui je travaillais et à l’industrie, par rapport aussi à comment j’ai traité les fournisseurs et mes collègues de travail tout au long de mes 41 années dans l’industrie, c’est-à-dire avec respect et professionnalisme.
Open Jaw Québec : rappelez-nous ce que vous avez fait dans notre industrie…
Manon Doucet : j’ai presque tout fait! J’ai été accompagnatrice, représentante, directrice des ventes, en charge du soutien des agences dans le réseau TDC, conseillère, propriétaire d’agence…
Au tout tout début, j’ai étudié à l’Institut du Tourisme et d’Hôtellerie du Québec, puis j’ai commencé ma carrière comme guide accompagnatrice au Québec, en Ontario et aux États-Unis pour Tours Exode.
Puis j’ai travaillé chez des fournisseurs pendant une vingtaine d’années, dont 15 ans chez Transat, puis une vingtaine d’années en agence.
Open Jaw Québec : en quoi avez-vous toujours cru?
Manon Doucet : en la spécialisation. J’ai toujours cru qu’être spécialisée, dans cette industrie, dans un domaine particulier, était garant de succès. On ne peut pas être bon dans tout.
Cela a toujours été très important, dans mon agence, que mon équipe – les internes comme les externes – soit constituée de spécialistes. Mariage, yoga, vélo, moto, groupe… plein de domaines. Et ça, j’en suis fière! À mon agence Solerama, l’équipe dans son ensemble – agents internes et externes – représentait une panoplie incroyable de spécialisations, donc du choix! Et ça, c’est un incitatif incroyable pour attirer la clientèle vers une agence.
Dans une même agence, compter sur une équipe spécialisée permet aussi une entraide incroyable entre collègues.
Mes spécialisations, en tant que conseillère, ont été l’Asie, l’Afrique, l’Amérique Latine, l’Europe. C’est dans ces marchés que je me suis distinguée.
Open Jaw Québec : y a-t-il un volet en particulier sur lequel vous avez beaucoup aimé vous pencher durant votre carrière?
Manon Doucet : la consultation. J’adore! La consultation, c’est l’échange des connaissances. Je ferais de la consultation encore pendant des années!
Open Jaw Québec : vous connaissez le contexte actuel des choses dans notre industrie et dans le monde – les guerres, les technologies, l’Intelligence Artificielle, etc. À partir de ce constat, que souhaitez-vous à notre industrie dans un avenir immédiat et au-delà?
Manon Doucet : que nos professions et nos méthodes de travail soient plus encadrées. Un manque d’encadrement, ça terni la crédibilité de nos professions, dont celle de conseiller en voyage.
Il y a beaucoup trop de laxisme de la part de ceux qui accordent des permis, de ceux qui accordent le droit à un agent de prendre la carte de crédit d’un client et de ceux qui doivent régir nos professions et nos méthodes de travail.
Je souhaite énormément que l’encadrement de tout ça se développe davantage.
Les numéros de carte de crédit des clients ne devraient jamais se promener par texto ou Messenger. Un conseiller en voyage devrait échanger des courriels avec sa clientèle à partir d’une adresse de l’agence, et non d’un gmail, pour une meilleure protection. Le jour où ces méthodes de travail seront mieux encadrées, c’est toute l’industrie, les agents internes comme externes ET toute la clientèle qui évolueront dans un contexte beaucoup mieux protégé.
Le voyage, c’est un domaine extraordinaire. Je souhaite vraiment que les agences, tours opérateurs, grossistes et fournisseurs soutiennent davantage la jeunesse qui fait son entrée dans l’industrie. Rémunérez adéquatement les employés et encouragez la spécialisation!
Et bon succès à toutes et à tous!
Open Jaw Québec souhaite le meilleur de tout et dans tout, pour la suite, à notre charmante Manon Doucet.
De la part de l’autrice de cet article, « merci pour toutes nos discussions, merci pour tout Manon ».




