Jasper : la face déplaisante du tourisme catastrophe

Caserne des pompiers prise d’assaut par les touristes. Questionnaire à la population. Indiscrétion des touristes.

Le tourisme catastrophe bat son plein, actuellement, dans la ville albertaine de Jasper, rapporte cette semaine le Edmonton Journal.

Feu de forêt à Jasper, 2024. Photo: Parcs Canada

Victime sérieuse des feux de forêt dévastateurs de l’année dernière au Canada, Jasper connaît également des jours difficiles en ce moment. Et pas seulement à cause des pertes et des souvenirs douloureux…

« Récemment, les pompiers ont accueilli 11 groupes de personnes sans prévenir, souhaitant visiter la caserne. Des personnes ont demandé des badges et des écussons aux pompiers. Certains ont demandé si la caserne avait des produits à vendre » rapporte le journal.

Le scénario du moment est à ce point troublant que sur la porte d’entrée de la caserne de pompiers de Jasper, un panneau a été accroché: « Nous apprécions les visiteurs, mais les visites sont uniquement sur rendez-vous.»

« Bienvenue dans le monde du tourisme de catastrophe » sous-titre le journal.

Questionnaire et indiscrétion des touristes

Alors que Jasper accueille à nouveau les touristes un an après l’incendie, les habitants doivent actuellement composer avec des visiteurs bien intentionnés mais curieux qui s’interrogent sur ce que c’était que de vivre une catastrophe.

Mais pour de nombreux habitants de Jasper, parler de l’incendie ravive de vieilles blessures.

« Les questions sur l’incendie ne nous aident pas à guérir » a déclaré un habitant de Jasper. « Les visiteurs doivent comprendre que l’incendie a changé la ville à jamais. Il a changé notre façon d’être et nos relations avec les autres. Nous avons des amis qui ont perdu leur logement. Nous avons des personnes âgées qui ont déménagé…»

Mais si les habitants parlent de l’incendie entre eux, ils se sentent mal à l’aise lorsqu’on les interroge à ce sujet de l’extérieur, souligne l’article.

« Ils sont au courant de ce qui s’est passé », a déclaré un habitant de Jasper. « Mais ils veulent tous connaître votre histoire. Ils veulent vous faire revivre l’événement. Mais non, nous n’avons pas besoin d’une autre expérience cathartique pour votre divertissement touristique. »

Parler d’incendie a ses limites

Toujours selon le média, la situation difficile à vivre se reflète actuellement dans la signalisation des commerces du centre-ville de Jasper. « En entrant chez Andromeda Coffee, ce café animé situé à deux pas du vénérable hôtel Athabasca, vous trouverez des panneaux invitant les clients à profiter de la vie, mais à ne pas aborder un sujet précis. »

« Votre soutien est précieux pour nous alors que nous nous remettons de l’incendie », peut-on lire.

« Nous vous prions de ne pas nous interroger sur nos pertes personnelles. Nous sommes encore en train de guérir. »

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.