Hier mardi 12 août, le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente 10 000 agents de bord d’Air Canada et d’Air Canada Rouge, a rejeté la proposition d’Air Canada. Et à 15h50 le même jour, Air Canada a annoncé que « les négociations avec le Syndicat sont dans une impasse ».
Le transporteur ajoute ceci :
« Les parties seront en mesure de donner un avis de grève ou de lock-out de 72 heures, comme le prévoit la loi, à compter de 0 h 01 (HE) le 13 août, ce qui pourrait entraîner l’interruption des activités du transporteur aérien dès le 16 août. »

Le syndicat soutient que « la dernière offre d’Air Canada, celle-ci est inférieure à l’inflation, inférieure à la valeur du marché, inférieure au salaire minimum, et continue de laisser les agent(e)s de bord sans rémunération pour toutes leurs heures de travail ».
Le syndicat résume l’offre d’Air Canada:
- Air Canada propose un ajustement ponctuel de 8 % durant la première année du contrat de travail. Or, depuis 2015, tout au long de leur dernière convention collective, les agent(e)s de bord ont subi une perte réelle de 9 % de leur salaire en raison de l’inflation. Donc, l’offre ne rattrape même pas la montée de l’inflation : c’est, en réalité, une baisse de salaire.
- Air Canada utilise des chiffres gonflés pour faire croire au public que les agent(e)s de bord en demandent trop. En réalité, l’entreprise offre une augmentation salariale de 17,2 % sur quatre ans. Même en 2028, la quatrième année à laquelle cette offre s’appliquerait, les salaires des agent(e)s de bord d’Air Canada resteraient inférieurs à ceux offerts aujourd’hui par des compagnies aériennes concurrentes au Canada.
- Même avec la « meilleure offre » possible d’Air Canada, un(e) agent(e) de bord en début de carrière qui travaillerait à temps plein gagnerait moins que le salaire minimum fédéral. Actuellement, ces agent(e)s de bord qui travaillent à temps plein (75 heures garanties et payées par mois) gagnent 1 952 $ par mois avant impôts chez Air Canada. Avec l’augmentation ponctuelle de 8 % la première année que propose Air Canada, leur revenu passerait à 2 108,16 $ par mois.
Le syndicat ajoute que « Air Canada a engrangé des milliards de dollars de profits ces dernières années. Elle peut se permettre de payer ses agent(e)s de bord de façon équitable, sans augmenter les tarifs pour le public ».
La composante d’Air Canada du SCFP a annoncé « rester à la table des négociations, prête à négocier ».
Le point de vue d’Air Canada
La direction d’Air Canada dit estimer que les pourparlers sont dans une impasse, « après que le syndicat a présenté une contre-offre demandant des augmentations salariales exorbitantes, supérieures à celles proposées précédemment, et rejeté aujourd’hui l’offre de la Société de recourir à l’arbitrage exécutoire d’un tiers ».

« Le processus d’arbitrage proposé protégerait les intérêts des parties en les amenant à s’entendre sur la désignation d’un arbitre indépendant qui tiendrait compte objectivement des positions des parties pour arriver à un nouveau contrat équilibré que les deux respecteraient. »
« Air Canada négocie avec le SCFP depuis huit mois et, bien que nous ayons réglé de nombreux points, dont aucun n’a exigé de concessions, nous restons très éloignés sur des questions clés« , a déclaré Arielle Meloul-Wechsler, vice-présidente générale et chef des Ressources humaines et des Affaires publiques d’Air Canada.
« Nous sommes déçus que notre proposition de régler équitablement les points en suspens par voie d’arbitrage ait été rejetée par le syndicat, qui insiste plutôt sur des augmentations de salaire exorbitantes. Les pourparlers sont maintenant dans une impasse, le syndicat étant en mesure d’émettre un avis de grève à minuit ce soir, ce qui crée une incertitude énorme pour des centaines de milliers de voyageurs et pour des entreprises qui expédient des marchandises essentielles et prioritaires. Air Canada examine maintenant toutes les options restantes, y compris une demande d’arbitrage imposé par le gouvernement, afin de prévenir une interruption des activités ou du moins d’éliminer cette incertitude intolérable pour nos clients. »
On peut discuter, mais le temps presse…
Air Canada souligne que la compagnie reste disposée à négocier avec le syndicat, « mais le temps presse, d’autant plus que la situation a été exacerbée par le refus du SCFP de négocier pendant dix jours entiers alors qu’il cherchait à obtenir un mandat de grève.
« En cas de perturbation, les vols d’Air Canada Express exploités par Jazz ou PAL Airlines continueront d’être assurés normalement, car leurs services sont fournis par des entreprises tierces.
« Cependant, ces partenaires régionaux ne transportent qu’environ 20 % des clients quotidiens d’Air Canada. Air Canada et Air Canada Rouge transportent environ 130 000 clients par jour, lesquels pourraient être touchés par une perturbation, ce qui inclut les 25 000 Canadiens que le transporteur ramène de l’étranger chaque jour, et qui pourraient être bloqués. »
L’offre d’Air Canada
Air Canada dit avoir déposé auprès du syndicat, hier 11 août, « un règlement global révisé qui prévoyait une augmentation de la rémunération globale de 38 % sur quatre ans, dont 25 % la première année, et ne demandait aucune concession de la part du syndicat en retour. »
Le transporteur ajoute que « l’offre portait également sur la question de la rémunération pour le service au sol, l’amélioration des prestations de retraite et des avantages sociaux, l’augmentation des périodes de repos des équipages, ainsi que d’autres améliorations, dont celles visant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. »
Toujours selon le transporteur, la proposition de règlement contractuel global d’Air Canada « ferait de ses agents de bord les mieux rémunérés au Canada. La rémunération et les avantages sociaux des agents de bord d’Air Canada se composent de plusieurs éléments, notamment le salaire de base, les primes incitatives, un régime de retraite, des avantages sociaux, des congés de maladie cumulables et des congés annuels payés. »
Arbitrage
Toujours hier 11 août, Air Canada dit avoir proposé au syndicat que les parties recourent à un arbitre indépendant pour aider à résoudre les problèmes en suspens afin d’élaborer une nouvelle entente de principe par arbitrage exécutoire, mais le SCFP a rejeté cette offre.
« Compte tenu du refus du syndicat, le recours à l’arbitrage exécutoire par le gouvernement constitue une solution reconnue afin d’éviter une perturbation colossale pour les voyageurs. À cet effet, la Société demandera officiellement au gouvernement canadien d’utiliser ses prérogatives afin d’ordonner un arbitrage exécutoire des intérêts en vertu de l’article 107 du Code canadien du travail. La Société estime que les récentes interventions gouvernementales dans les conflits de travail dans les secteurs ferroviaire, portuaire et aérien au Canada constituent un précédent. »
« Le Code est conçu pour encourager le règlement pacifique des conflits de travail dans les cas où les parties arrivent à une impasse après que des négociations collectives considérables ont eu lieu. En l’espèce, malgré le fait qu’il y ait eu des négociations prolongées avec une offre d’augmentation sans précédent de la rémunération globale pour les agents de bord, il ne semble pas qu’une résolution soit envisageable dans un avenir proche. En outre, les Canadiens et les autres parties prenantes, ainsi que l’économie canadienne, ressentiront progressivement les difficultés et les autres répercussions de cette situation difficile. »
Le chaos, incidence potentielle
Air Canada dit examiner maintenant les prochaines étapes afin de réduire l’incertitude des clients en ce qui concerne leurs projets de voyage.
« Comme l’ont montré les événements survenus chez d’autres sociétés aériennes au cours des dernières années, les arrêts de travail soudains ou non gérés entraînent le chaos pour les voyageurs et les expéditeurs. Un arrêt imprévu des activités représente également un risque majeur pour la Société et ses autres employés. Air Canada exerce ses activités à l’échelle mondiale dans environ 65 pays sur six continents avec un parc de 259 appareils. »




