La politique spéciale d’Air Canada, du «business as usual» en Europe?

« Nous travaillons fort à regagner entièrement la confiance de nos clients, qui a été ébranlée. Pour ce faire, nous mettons en place dès aujourd’hui une politique spéciale visant à couvrir les dépenses de déplacement que les clients pourraient avoir engagées pour se rendre à destination pendant cette interruption. »

Dans un communiqué de presse, Air Canada annonce cette initiative qui soulagera certainement les clients du transporteur qui ont été figurants sans le vouloir dans la grève des agents de bord.

« À titre exceptionnel, en raison des répercussions importantes du conflit de travail, si vous préférez réserver vous-même un autre moyen de transport, vous pourriez être admissible au remboursement d’un tarif raisonnable réservé auprès d’un autre transporteur dans les cinq jours suivant votre date de départ initiale », informe le transporteur ici dans son site Internet.

Par le « pourriez être admissible », Air Canada laisse entendre que des critères sont à observer, mais c’est néanmoins une bonne nouvelle. Et le transporteur affiche également ceci :

« Pour les voyages prévus entre le 15 et le 22 août 2025, vous pouvez modifier sans frais votre vol pour un autre vol d’Air Canada ou d’Air Canada Rouge pour voyager entre le 23 août et le 30 septembre 2025, dans la même cabine, pourvu que vous le fassiez au moins deux heures avant l’heure de départ prévue de votre vol initial en modifiant votre itinéraire ».

Cette politique spéciale soulage fort certainement les voyageurs.

Le Canada, loin derrière?

En raison de son appellation utilisée, soit « politique spéciale », l’initiative nous amène à fouiller dans les cartables des dispositions offertes aux voyageurs dans le monde.

C’est en regardant ailleurs qu’on comprend souvent mieux la valeur de ce qu’on a et de ce qu’on nous offre. Et dans le transport aérien de passagers, la crise que nous venons de traverser dans le dossier Air Canada-Agents de bord, fut également une invitation à prendre connaissance de quelques ficelles des métiers de transporteur aérien et d’agent de bord.

Comme la crise a exposé au monde entier les « salaires » et « absence de salaire » des travailleurs de l’aérien, elle a également exposé les interstices des responsabilités d’un transporteur aérien face à ses clients détenteurs d’un billet.

En parlant de billet, dans celui-ci rédigé par le commentateur Patrick Lagacé, on attire notre attention sur ceci : « au départ de l’Europe, les passagers d’Air Canada ont eu droit à des dédommagements plus substantiels que ceux coincés au Canada, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde ».

L’auteur du billet, qui a fait quelques devoirs de plus que d’autres dans l’analyse de la situation, ne crucifie pas Air Canada; il pose son regard sur les réglementations mises en place par celui qu’il prénomme « Papa Ottawa » (traduction : le gouvernement du Canada).

En Europe, la loi indique que « si vous voyagez en avion dans l’Union européenne, vous avez des droits. En cas de vol retardé, annulé, de bagages perdus ou endommagés, etc., vous pouvez bénéficier d’une assistance, d’un remboursement ou encore d’une compensation ».

Mais soyons plus précis et comparons des tomates avec des tomates :

« en vertu d’un règlement européen appelé CE 261, les compagnies aériennes sont tenues d’indemniser les passagers pour les perturbations de vols dont ils sont responsables. Cela inclut les perturbations de vol dues aux grèves de leur personnel » peut-on lire notamment ici.

On y lit également que « la Cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg stipule que les perturbations causées par une grève des employés d’une compagnie aérienne donnent droit à une indemnisation, puisque la compagnie aérienne est tenue responsable du comportement de son personnel ».

Revenons au Canada

Cela étant dit, si on fait un saut du côté de l’entente de principe survenue entre Air Canada et le Syndicat qui représente les agents de bord, son contenu a peut-être le potentiel de nous surprendre encore :

« L’accord accorde aux agents de bord d’Air Canada au moins 60 minutes de rémunération au sol pour leur temps de travail avant chaque vol, à un taux de 50 % du taux horaire d’un agent de bord, ce pourcentage augmentant de 5 % chaque année » apprend-t-on.

Si les agents de bord d’Air Canada et leur syndicat ont raison de crier victoire pour avoir réussi à tuer le concept du gratis labour avant la fermeture des portes d’un avion, on peut néanmoins être surpris de constater que tout le chaos mondial des derniers jours a abouti à inscrire une moitié de salaire pour 60 minutes sur les prochaines payes des agents de bord.

Mais laissons aux agents de bord d’Air Canada et leur syndicat d’en juger.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.