Le « tourisme Instagram » : calamité, option tordue ou simple façon de voyager?

Open Jaw Québec a d’abord cru à une blague. En fouinant paisiblement dans les tendances voyages, nous nous sommes retrouvés submergés d’articles, entrevues et vidéos dithyrambiques à l’égard d’une tendance voyage, non seulement actuelle, mais qui prend une dangereuse ampleur: le tourisme Instagram.

Photo : Ben Neale

« Tourisme Instagram » est le surnom du « Day Trip Extrême », qui non seulement n’est pas une légende urbaine, mais un concept de voyage dont s’arrachent actuellement les poussinots et les poussinettes qui mesurent leur bonheur quotidien avec leur nombre d’abonnés sur les médias sociaux.

Le Day Trip Extrême, c’est ceci :

prendre un vol le matin pour se rendre dans une capitale à l’autre bout du continent et parfois à l’autre bout du monde, y repérer LE « spot Instagram », y prendre un latte et surtout, suuuuurtout un selfie bien aligné, poster vite-vite ce selfie sur Instagram, Tik Tok et autre média social, puis vite re-sauter dans un avion pour revenir chez soi le jour-même et faire dodo dans son lit.

Pincez-nous quelqu’un.

Dit autrement, c’est ceci : voyager très loin pour épater les autres, mais sans découcher.

Égorgez-nous quelqu’un.

« Ce tourisme express est un phénomène qui prend de l’ampleur, notamment parce qu’il est propice aux post sur les réseaux sociaux » rapportait la plateforme Radio France, non pas le 12 avril 1979, mais bien le 28 août 2025!!

« Sur TikTok, les vidéos où on se vante d’avoir parcouru “8 000 kilomètres juste pour manger des sushis”, c’est une histoire vraie » ajoute Radio France toujours le 28 août 2025.

Appelons un chat un chat : le Day Trip Extrême, c’est du gros n’importe quoi. Pour quiconque est un tout petit peu au courant de ce qui se passe sur la planète, juste un peu (et dont les actualités s’écrivent avec carbone, énergie non renouvelable, climat, etc.), n’y a-t-il pas de quoi avoir envie de donner des coups de pied à plusieurs derrières?

« On les croyait passés de mode à l’heure de l’urgence climatique et d’une certaine désaffection pour l’avion. Longtemps restés l’apanage des (gens) d’affaires, les déplacements sur la journée à l’étranger semblent aussi faire des adeptes auprès des voyageurs de loisirs » rapportait Le Figaro non pas le 30 novembre 1992, mais le 23 mai 2025.

D’où vient cette option tordue?

De la bouche des adeptes et observateurs, on explique ceci : l’habitude de tout consommer très vite et l’obsession maladive d’attirer l’attention des autres sur soi – jusqu’à faire n’importe quoi – seraient à l’origine de cette tendance dont on rapporte que l’âge moyen des « partants » est de 19 ans.

Comme l’humain est parfois très doué pour culpabiliser tout-ce-qu’il-peut pour se conforter dans ses décisions les plus indéfendables, il paraîtrait que l’origine de cette option tordue qualifiée par certains d’absurde tendance du tourisme éclair en avion, serait également celle-ci : « pour les fondateurs d’extremedaytrips.com, la raison est due en grande partie à la cherté des trains », rapporte Le Figaro.

Cela étant dit, est-ce qu’Open Jaw Québec s’énerverait un peu trop le pompon?

Car Le Figaro rapporte également ceci :

« Rick Blyth, l’un des contributeurs du site (extremedaytrips.com), refuse d’y voir une aberration écologique : « Les excursions d’une journée ne sont pas vraiment différentes des escapades d’un week-end : il s’agit toujours de deux vols, mais sans la nuit d’hôtel ». Selon lui, les «extreme day trippers» « remplissent souvent les sièges libres d’avions qui auraient décollé de toutes les façons. Or plus il y a de passagers à bord, plus les émissions par personne sont faibles. » »

On vous laisse poursuivre la réflexion.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.