En 2025, pas besoin d’envisager un saut en bungee, une descente du ciel en wingsuit ou une carotte cultivée aux antibiotiques pour s’administrer une grosse dose d’adrénaline périlleuse.
Il suffit d’acheter un billet d’avion.

Car si ce n’est pas des annulations de vols subitement immédiates pour une grève qui débutera pourtant deux jours plus tard, c’est une fermeture annoncée « sur le champ » pour des problèmes connus depuis un bon bout de temps.
C’est ce qui se passe aujourd’hui du côté de Fly Play, la compagnie aérienne islandaise à bas prix basée à l’aéroport international de Keflavík.
Ce message vient de s’afficher sur le site de la compagnie : « Cher passager, Fly PLAY a cessé ses activités et tous ses vols ont été annulés. »
Et vlan. Point final.
Première question : pourquoi donc l’industrie du transport aérien fait-elle les choses ainsi ?
Soulignons que Fly Play n’est pas une entreprise qui fabrique des plats Tupperware, auquel cas cesser paf! immédiatement de fabriquer des plats en plastique ne mettra jamais en péril qui et quoi que ce soit.
La direction de Fly Play ne s’est pas réveillée ce matin subitement avec une grosse migraine ; le mal de tête avait commencé il y a un bon moment :
« Fly Play a annoncé l’arrêt immédiat de ses activités en raison de ventes décevantes et de l’échec de son plan de redressement, nous informe la plateforme Boursier.com, laissant des milliers de passagers bloqués. »
« Malheureusement, il est désormais clair que ces changements ne peuvent pas produire de résultats suffisants pour surmonter les difficultés profondes que l’entreprise a accumulées au fil du temps », indique la direction de Play dans un communiqué.
Deuxième question à se poser : est-il vraiment inévitable de malmener ainsi les passagers-consommateurs, et les abandonner subitement peu importe où ils sont dans le monde, sous prétexte que le comptable n’a plus de solution dans son sac?
Retournons au site Internet de Fly Play.
La suite du message est exemplaire quand on adhère au « don’t call us, because we won’t call you » :
« Alternatives de voyage : nous vous conseillons de consulter les vols d’autres compagnies aériennes. Certaines compagnies pourraient offrir des « tarifs de sauvetage » spéciaux compte tenu des circonstances. »
Traduction : démenez-vous seuls pour tenter de dénicher des tarifs compatissants que les autres voudraient peut-être offrir en raison de nos circonstances à nous.
Cela dit, des « tarifs de sauvetage » pour essuyer les dégâts d’un autre? Vraiment??
Mais qui fait ça????
Insérons une parenthèse, l’espace de rappeler que quand ça va mal quelque part, les autres tentent souvent, au contraire, d’en profiter, comme nous abordions ici le sujet durant le conflit chez Air Canada.
La suite du message de Fly Play s’inscrit dans la même lignée du « don’t call us » :
« Si vous avez acheté votre billet avec une carte de paiement, veuillez contacter l’émetteur de votre carte pour obtenir un remboursement. Si vous avez réservé votre billet dans le cadre d’un forfait (vol + hébergement ou services) auprès d’une agence de voyages située dans l’EEE (espace économique européen), veuillez contacter votre agent de voyage pour obtenir de l’aide. »
Pour les autres acheteurs de billet, on ne dit rien.
La finale du message incarne l’audace sans vergogne dont le milieu des affaires est capable à notre époque :
« Nous vous remercions de votre compréhension. »
Traduction : même si vous êtes coincé quelque part parce que nous avons subitement annulé tous nos vols, nous vous remercions de nous comprendre nous.
Cela étant dit, histoire de conclure en beauté ce billet, un « click » égaré de notre part dans le site Internet de Fly Play, nous a subitement affiché cette grande nouvelle annoncée par le transporteur pas plus tard que le 7 septembre 2025 :
« Le chiffre d’affaires unitaire a atteint un niveau record pour le mois d’août »
Et le pdg de Play, Einar Örn Ólafsson, d’ajouter ceci, rappelons-le, le 7 septembre dernier:
« Août a été un nouveau mois fort pour PLAY. Les résultats démontrent que notre concentration sur les destinations de loisirs porte ses fruits, comme en témoigne le fait que nous avons enregistré en août dernier notre chiffre d’affaires unitaire le plus élevé jamais enregistré pour un mois d’août. »
Ouais, les plats Tupperware font moins mal.




