Comment la Martinique a réussi son record de croisière

Entrevue. La Martinique vient de battre un record qu’elle a souhaité : accueillir des centaines de milliers de passagers-croisière. Comment a-t-elle réussi? Mais surtout : que voit-elle de séduisant en ce passager pour lui accorder autant d’attention et de services?

Open Jaw Québec a invité Karine Roy-Camille, directrice adjointe du bureau des Amériques, Comité Martiniquais du Tourisme, à cette discussion.

Karine Roy-Camille, du Comité Martiniquais du Tourisme.

Open Jaw Québec : donc, comme on dit chez vous, vous avez cartonné dans l’accueil de croisières?

Karine Roy-Camille : oui!, et c’est le résultat d’un travail de longue haleine. Dans ses démarches en matière de développement touristique, la Martinique s’inscrit toujours dans la durée. À la sortie de la Covid, il fallait être présent sur tous les fronts, rencontrer les compagnies de croisière pour les faire revenir à la Martinique et ce travail a été très payant.

Open Jaw Québec : à quoi ce succès est-il dû à votre avis?

Karine Roy-Camille : il faut d’abord resituer la Martinique : au cœur du plus grand déploiement de croisières au monde, la Caraïbe, où se croisent tous ces navires de toutes tailles. D’une part donc, on jouit d’un très bon positionnement géographique.

D’autre part, la Martinique offre une destination française européenne au cœur de la Caraïbe, avec des particularités sur les visites et découvertes.

Open Jaw Québec : outre les visites et découvertes, qu’est-ce que la Martinique apporte de particulier aux compagnies de croisière?

Karine Roy-Camille : la Martinique dispose des infrastructures nécessaires pour être une destination de départ de croisière, qu’on appelle la « tête de ligne ». De gros opérateurs comme MSC Cruises, Costa, Club Med et Ponant peuvent compter sur nos infrastructures aussi bien aéroportuaires que portuaires pour desservir un flux très important de passagers, tant à l’embarquement qu’au débarquement, et durant les escales. Les destinations des Caraïbes n’offrent pas toutes un aéroport international et un terminal de croisière qui permet un flux important de bagages et de passagers et ce, de façon optimale.

Ce même avantage avec nos infrastructures, nous permet de répondre à cette réalité : un grand nombre de passagers en escale, parfois dans une proportion de 70 %, sont indépendants à la Martinique. Ils n’achètent pas une excursion en amont, sur le bateau. Et quand c’est une réalité, on doit pouvoir répondre à un flot important de passagers qui décident sur place de ce qu’ils feront durant leur escale du jour. Et la Martinique excelle ici. C’est la raison qui explique pourquoi nous avons aménagé un village d’accueil au port de croisière : pour pouvoir répondre sur le champ aux besoins de service des passagers en escale.

Open Jaw Québec : comment et sur la base de quels arguments séduisez-vous les compagnies de croisière?

Karine Roy-Camille : chaque année, la Martinique participe aux plus grands salons de croisière au monde, qui se tiennent aux États-Unis et en Europe. Nous y faisons la promotion des particularités des mouillages que les compagnies de croisière peuvent faire à la Martinique.

La taille du navire détermine souvent à elle-seule à quel port tel navire accostera. Un gros navire devra sans doute accoster à Fort-de-France. S’il est de plus petite taille, nous serons enclins à proposer à la compagnie un port alternatif.

Ce travail de pédagogie, d’expliquer aux compagnies les nombreuses options de mouillage pour notre île, nous l’avons commencé il y a plusieurs années. Nous poursuivons ce travail et aujourd’hui, il porte ses fruits.

Open Jaw Québec : la Martinique dispose, non pas de 1, ni 2, 4 ou 7, mais bien 8 ports. Un si grand nombre apporte-il une dynamique particulière pour l’industrie de la croisière?

Karine Roy-Camille : autant de ports, cela signifie que nous sommes en capacité d’accueillir des navires de toutes tailles.

Notre ambition est de viser, non pas uniquement les méga paquebots qui transportent des milliers de passagers, mais aussi les navires haut de gamme qui transportent à leur bord entre 50 et 300/400 passagers, comme le Ritz Carlton, la compagnie Ponant et l’Explora.

La Martinique offre des ports alternatifs à celui de Fort-de-France, qu’on appelle des ports secondaires. À ceux-ci, les passagers qui y font escale pour vivre une immersion totale dans la population locale.

Aujourd’hui, quelques compagnies de croisière ultra luxe veulent faire escale principalement à St-Pierre, dans le nord de la Martinique. Parce qu’on y fait découvrir des choses qu’on ne peut pas voir ailleurs et parce que les infrastructures ne sont pas engorgées.

Un autre objectif que nous avons, c’est d’attirer le voilier Orient Express de Sailing Yachts pour la saison 2026-2027. Et c’est parce que nous offrons des alternatives au centre-ville de Fort-de-France, qui peut être très achalandé, que nous pouvons réussir.

Les ports alternatifs permettent un lieu d’escale plus authentique, plus près des gens, plus près aussi du quotidien des Martiniquais. Et plusieurs compagnies de croisières sont à la recherche de ça. Elles veulent s’éloigner des concepts où le voyageur se retrouve dans un bus durant des heures à juste voir et ne pas participer. Elles veulent offrir une expérience plus en contact avec la population.

Open Jaw Québec : alors que de plus en plus de destinations se désintéressent du passager-croisière, le décrivant comme étant un touriste qui dépense peu et qui engorge les infrastructures et les quartiers pendant quelques heures, que voyez-vous en ce passager pour lui accorder autant d’attention et de services?

Karine Roy-Camille : nous y voyons un objectif, celui de séduire le passager-croisière qui ne vient que quelques heures sur notre île, de sorte qu’il ait envie de revenir en vacances d’une semaine à la Martinique. En d’autres mots, convertir un passager en futur touriste de séjour.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.