Fairlyne, ou comment remédier à une grande faille dans notre industrie

C’est l’histoire d’un groupe d’amis qui a repéré une faille importante et irritante dans notre industrie, puis cogité sur le sujet. Puis il a créé une solution gagnante pour plein de monde.

D’abord la faille

La faille, ce sont les no-shows – les individus qui ne se présentent pas à leur vol, par exemple, pour lequel ils ont pourtant un billet réservé et payé.

Photo : Andrej Lišakov/Unsplash Montage : Open Jaw Québec

Plus précisément, le groupe d’amis basé en Europe a perçu les no-shows comme une faille majeure pour cette raison : les no-shows font perdre un immense potentiel pour plein de monde.

Restons avec l’exemple d’un billet d’avion non remboursable et non échangeable pour expliquer le raisonnement du groupe d’amis : un no-show perd son argent (il n’obtient pas de remboursement), mais surtout, un no-show retient un siège qu’un autre voyageur aurait bien aimé pouvoir profiter.

Mais aussi, le groupe d’amis a remarqué qu’avec les no-shows, la compagnie aérienne perd de l’argent.

C’est là un point majeur défendu par le groupe d’amis : si nous pensons que la compagnie aérienne ne perd pas d’argent parce qu’elle ne rembourse pas le détenteur d’un billet qui ne se présente pas, et bien le groupe est plutôt d’avis que si la compagnie aérienne peut remettre la main sur des sièges qui seront vides à cause des no-shows, elle pourrait ainsi libérer des capacités (sièges) et même les revendre plus cher si par exemple le vol en question connait finalement une demande forte.

Puis, la solution

Le groupe d’amis a donc trouvé une solution, et c’est une start-up, et elle s’appelle Fairlyne.

Plus précisément, Fairlyne, c’est ceci : la première plateforme mondiale de revente, mais en tant que service pour les fournisseurs de l’industrie du voyage.

Dit autrement, ce sont les fournisseurs (compagnies aériennes, compagnies ferroviaires, chaînes hôtelières, etc.) qui signent un contrat avec Fairlyne pour offrir aux clients l’option de revente de prestations (siège dans un avion, chambre dans un hôtel…) qui ne seront pas consommer par ce client (quand il devient un no-show).

La question qui tue

À ce stade-ci de cet article, on entend déjà votre question : mais comment un fournisseur peut-il revendre une prestation d’un no-show, alors que normalement, un no-show devient un no-show au moment seulement de l’embarquement d’un vol ou au jour J de la réservation d’une chambre d’hôtel ?

La réponse est dans la solution que propose le groupe d’amis avec Fairlyne, et dans le fonctionnement de cette plateforme :

En s’associant avec la plateforme Fairlyne, le fournisseur peut faire valoir à ses clients, dès l’achat de la prestation, que si ceux-ci ne prévoient pas se présenter à leur réservation, ils pourront revendre leur billet non remboursable ou non échangeable.

Plus en détail, l’argumentation de Fairlyne est celle-ci :

-la frustration des voyageurs qui ont un billet non remboursable disparait (parce qu’ils ont dorénavant une option de revente)

-le voyageur no-show peut ainsi récupérer de l’argent (pas nécessairement la somme totale payée, mais un bon pourcentage).

C’est pour cette raison que Fairlyne encourage le fournisseur adhérant à faire valoir son partenariat avec la plateforme auprès de sa clientèle.

Plus encore, voici ce que Fairlyne dit aux fournisseurs :

– incitez vos clients à signaler leur absence à l’avance (les no-shows ne sont pas tous des voyageurs coincés dans le trafic en se rendant à l’aéroport ; plusieurs savent à l’avance qu’ils ne pourront finalement pas prendre leur vol, et si nombreux sont ceux qui n’avisent pas le transporteur, c’est que comme ils n’obtiennent pas de remboursement, ils se disent à quoi bon aviser…)

– récupérer votre inventaire (siège, chambre…) grâce à cette libération de capacités

– optimisez vos revenus en exploitant les no-shows : revendez les réservations qui ne seront pas consommées par le client.

Un concept à trois gagnants

Fairlyne défend l’idée que grâce à elle, tout le monde est gagnant. Et pour un seul billet, il y en a trois :

-le client… qui peut profiter d’une plus grande disponibilité et d’un choix plus vaste en raison des inventaires remis à la vente

-le détenteur de la réservation… qui peut obtenir une compensation (totale ou partielle) en revendant la prestation qu’il ne consommera pas

-le fournisseur (compagnie aérienne ou autre)… en générant de nouveaux revenus grâce à la revente ET en continuant d’offrir une offre à sa clientèle.

Nous le disions plus tôt, Fairlyne suggère même l’idée qu’un fournisseur pourrait revendre plus cher un siège qui vient d’être libéré par un client, et donc faire plus d’argent.

Le cas de la SNCF en exemple

La Société Nationale des Chemins de fer Français voit 10 % des détenteurs de ses billets ne pas se présenter le jour prévu de leur départ. Elle a donc décidé de s’associer à Fairlyne pour mettre en place des files d’attente.

Le concept est le suivant : la SNCF et Fairlyne proposent, à la fin de chaque mois, une liste d’attente de sièges libérés par les clients qui les avaient achetés, permettant aux voyageurs qui cherchent un billet de tenter leur chance en reprenant le siège d’un voyageur qui a renoncé à voyager.

La SNCF soutient que cette option permet aux voyageurs renonçant à leur voyage de s’inscrire pour proposer leur billet. Et s’ils trouvent preneur, ils récupèrent 80 % du prix payé.

Pas mal, non ?

Un premier fournisseur-associé au Canada

La compagnie aérienne Flair vient d’annoncer qu’elle lance, en partenariat avec Fairlyne, un service de revente de billets. La compagnie est fière d’aviser cette nouveauté en ces mots: « ce service permettra aux passagers détenteurs de billets non remboursables de revendre leur place directement sur le site Internet de Flair. Les clients éligibles pourront mettre leurs sièges en vente et recevoir une compensation si un autre voyageur les acquiert. »

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.