On a une idée de ce qui se passe dans le ciel, mais qu’en est-il de ce qui se passe à Cuba, sur le territoire, dans cette crise énergétique ?
Open Jaw Québec a consulté ce qui se dit sur le terrain, pour connaître le rythme actuel du pays et du tourisme, et pour mieux comprendre ce qui se passe.
Car la triste crise actuelle qu’on qualifie d’énergétique, c’est beaucoup plus gros que ça.
Fermeture d’hôtels et transfert de touristes

« Dans le cadre des mesures annoncées cette semaine, certains hôtels de l’île ont commencé à fermer leurs portes et les touristes ont été transférés vers d’autres établissements afin de réduire les coûts », apprend-t-on de la plateforme Havana Times dans un texte daté du 8 février et intitulé Cuba : Il semble que nous soyons entrés dans la phase finale.
Nous avons également appris que plusieurs hôtels des Cayos auraient fermé leurs portes et que leurs clients ont été relogés dans d’autres établissements.
« Par ailleurs, la chaîne Gaviota, propriété du ministère des Forces armées, a suspendu toutes les réservations pour la clientèle cubaine jusqu’à nouvel ordre » poursuit le Havana Times.
La suite du texte pose un regard inquiétant sur le tourisme :
« Le tourisme a cessé depuis quelque temps d’être le moteur de l’économie nationale, et il le sera encore moins aujourd’hui, car dans le contexte actuel, peu de personnes sont disposées à prendre le risque de voyager dans un pays en crise et sous la menace d’un conflit armé. »
D’autres sources informent que la liaison de l’Île de la Jeunesse avec le reste du pays demeure incertaine : un communiqué indique que le ferry Perseverancia effectuera « une ou deux traversées par semaine, selon la disponibilité du carburant et les garanties de transport entre Batabano et La Havane ».
Dans le registre des bus, à Las Tunas, les départs de bus nationaux vers Camagüey, Holguín et Santiago de Cuba sont suspendus.
En passant, pourquoi l’arrêt des bus ? Pour cette raison : seuls les véhicules d’État sont prioritaires en raison des restrictions en vigueur.
Effet domino
« La crise du carburant entraîne la réduction des lignes de bus, l’arrêt de la récolte de la canne à sucre à Sancti Spíritus, des fermetures d’hôtels et l’annulation d’un congrès international réunissant 1 500 participants », rapporte cet autre article du Havana Times et intitulé Cuba suspend les interventions chirurgicales dans les hôpitaux et ferme certains hôtels.
Un détail a attiré notre attention ici : cet article date du 6 février, soit trois jours avant la catastrophe qui semble nous tomber dessus qu’aujourd’hui et hier. Qui donc alors, dans notre industrie, était déjà au courant ?
Pendant qu’on y est, la question qui tue: qui n’a pas parlé? Il y a bien quelqu’un qui était au courant que les réservoirs de kérosène, pétrole et essence ne se remplissaient plus et ce, depuis un bon moment. Qui donc savait et n’a pas parlé? Qui aurait pu éviter qu’on rapatrie nos voyageurs en catastrophe actuellement?
Pourquoi ce qui se produit, se produit-il?
Sans vouloir « faire » de la politique, nous croyons qu’il faut « parler » de la politique, ne serait-ce que brièvement, pour comprendre ce qui se passe à Cuba, ce qui nous aidera à avoir une idée du pendant combien de temps la crise pourrait durer.
Car en tourisme, il faut pouvoir prévoir.
La crise dite énergétique que subit actuellement Cuba, c’est, en fait, beaucoup plus qu’une crise d’alimentation du pétrole : en fermant l’alimentation de pétrole vénézuélien à Cuba, « Donald Trump prouve cette fois qu’il est sérieux et qu’il reste déterminé à couper tout approvisionnement à Cuba » souligne le Havana Times.
« Cuba subit les sanctions économiques des ÉU depuis des années, et c’est pire que jamais. Si Trump a stoppé toute livraison de pétrole à Cuba, depuis 2 semaines il menace tout pays qui voudrait alimenter Cuba en pétrole de sanctions économiques. C’est pourquoi le Mexique a cessé de livrer du pétrole à Cuba » a expliqué aujourd’hui (9 février) Ed Augustin, journaliste indépendant basé à La Havane, à Cuba, à l’émission 15-18 de Radio-Canada.
Le journaliste a expliqué qu’actuellement, les dirigeants des ÉU et de Cuba se livrent ce que nous résumons par « un combat de coqs » : un bras de fer de négociations qui relèvent, du point de vue des Cubains, davantage de l’intimidation :
« Certaines sources indiquent qu’un avion espion américain a survolé toute la côte nord de Cuba ces dernières heures – un message clair, car il ne s’agissait pas d’un vol de routine, mais d’une surveillance directe, précise et prolongée. Le régime (cubain) sait qu’il est surveillé par Washington, et Washington veut bien faire comprendre que rien ne se passe sur l’île sans être détecté, explique le Havana Times.
« La puissance navale américaine exerce une pression considérable, avec d’importants moyens militaires déployés à seulement 55 kilomètres de La Havane – autrement dit, une combinaison d’asphyxie économique et de pression militaire maximale. »
« À Cuba, pas de carburant, ça veut dire les prix des transports qui augmentent, moins de nourriture, des hôpitaux qui ferment les salles de chirurgie. Ça touche tout ce qu’un être humain a besoin » a ajouté le journaliste Ed Augustin.
Ce qui choque également les Cubains, c’est ceci :
« Jeudi dernier, le président de Cuba, Miguel Díaz-Canel, a déclaré que le gouvernement avait élaboré un plan pour faire face à la pénurie de carburant mais sans préciser de mesures concrètes. « Nous allons traverser des moments difficiles« , s’est-il borné à dire, misant sur le dépassement des obstacles grâce à l’une de ses expressions favorites : « résistance créative » » rapporte le Havana Times.
Nous n’avons pas de boule de cristal, mais on se doute que cette crise risque de ne pas se dissoudre pour bientôt.




