Le jeu dangereux de la multiplication des taxes aux touristes – le cas Bali

Depuis une semaine à Bali, les discussions s’animent autour de l’imposition de taxes touristiques dont leur multiplication commence à inquiéter. Le débat révèle les nombreux risques qui rôdent autour de la pratique.

De quelles taxes parle-t-on

Image: Alexander Mils/Unsplash

Le débat actuel tourne autour des droits d’entrée touristiques qui sont maintenant appliquées par les autorités de certaines destinations dans la destination, notamment la région de Kintamani (nord-est de Bali) et l’île de Nusa Penida (province de Bali).

Ces droits s’ajoutent aux taxes et redevances touristiques déjà en vigueur que les visiteurs doivent acquitter pour accéder à Bali et à certaines régions de Bali.

Pourquoi ces taxes/droits font débat

Selon le The Bali Sun, comme ces taxes et droits d’entrée commencent à se multiplier, on craint que ce type de mesures dissuade les touristes de s’y rendre.

Mais plus encore, on craint pour l’image de Bali :

Le Bali Sun rapporte que Inda Trimafo Yudha, présidente de l’Association indonésienne des entreprises de parcs de loisirs (PUTRI) de Bali, se dit inquiète quant au fait que les taxes mises en place à Kintamani et Nusa Penida pourraient, 1- engendrer une tendance à la hausse des taxes touristiques dans diverses régions de Bali, et 2- ce qui risquerait, à terme, de nuire à l’image touristique de Bali.

« Si de plus en plus de régions appliquent des taxes, cela pourrait engendrer de la jalousie, soulève la présidente. Et on aura l’impression que tout le monde perçoit des frais. »

Définir ce qu’est une visite

Un fait intéressant dans ce débat, c’est que les discussions amènent les autorités à se questionner sur la définition de ce qu’est une visite. Ce questionnement peut faire école dans notre industrie, car voici :

La présidente attire l’attention sur le fait que certains fournisseurs comme les voyagistes ou encore les organisateurs de circuits, n’ont souvent d’autre choix que de payer ces taxes, « car ils doivent traverser certaines zones pour exercer les activités touristiques qu’ils proposent, mais ce même si ces zones ne font pas partie du circuit ».

Le jeu dangereux de l’application des taxes

Nos lectures sur le sujet nous amènent à constater que, d’une part, l’association craint que le visiteur en vienne à se demander pourquoi payer des taxes additionnelles « alors qu’il paye déjà, que ce soit par le biais de la taxe de séjour obligatoire à Bali, des taxes prélevées sur leur hébergement ou encore des paiements effectués aux guides, chauffeurs et autres prestataires de services locaux. »

« Les touristes viennent manger au restaurant, séjourner à l’hôtel, utiliser les transports et participer à d’autres activités. Cela a un impact économique sur la communauté locale » argumente la présidente.

Et d’autre part, Inda Trimafo Yudha attire l’attention sur ceci :

« Les touristes doivent constater la présence d’infrastructures et d’équipements de qualité en contrepartie de leur contribution, quelle qu’en soit l’importance. Il ne faut pas percevoir de droits d’entrée si les routes sont endommagées, sales ou si les infrastructures sont inadéquates. Cela pourrait nuire à l’image de la région et dissuader les touristes de venir. »

Une méthode pas très stratégique

Le débat met également au grand jour ceci : l’application d’une taxe ou de frais d’entrée étant clairement et souvent légitimement un moyen, pour une collectivité ou une organisation, d’aller chercher des revenus supplémentaires, c’est la tendance à multiplier cette avenue qui inquiète.

La présidente de l’Association indonésienne des entreprises de parcs de loisirs juge que « les collectivités locales devraient adopter une approche plus stratégique pour générer des revenus ».

« Toute nouvelle taxe touristique ne pose pas de problème à condition qu’elle repose sur un fondement juridique clair, ne soit pas excessive, soit transparente et serve effectivement à améliorer les infrastructures et à assurer la pérennité des destinations touristiques. Autrement, cette politique risque de nuire à l’image touristique de Bali et de réduire l’intérêt des touristes, ce qui représente la pire crainte du secteur touristique balinais. »

Agacement chez les touristes, abordabilité de la destination menacée

Dans cet autre article diffusé par The Bali Sun, « la multiplication des frais, prélèvements et taxes commence à agacer certains touristes ».

L’article pointe également du doigt la notion d’abordabilité de la destination :

« Bien qu’il soit encore possible de trouver une chambre à Bali pour seulement 10 dollars américains, et que certains repas coûtent un prix local raisonnable, les questions qui se posent actuellement sont les suivantes : Bali est-elle encore abordable ? L’île offre-t-elle un bon rapport qualité-prix ? Est-il juste de faire payer des droits d’entrée pour Bali puis pour les régions, en plus des taxes touristiques et des frais de visa ? »

L’article rappelle que les touristes doivent payer les frais pour le visa touristique de 30 jours à Bali, puis une taxe pour une zone touristique (exemple : Kintamani), puis des droits d’accès à d’autres sites comme kabupaten de Bangli ou encore des villages comme Penglipuran et Trunyan, et encore d’autres frais d’entrée exigés pour chaque attraction et site culturel.

Citant le directeur du Centre d’excellence touristique de l’Institut de tourisme de l’Université d’Udayana, le professeur Ir. AAP Agung Suryawan Wiranatha, celui-ci aurait déclaré que « les droits d’entrée dans des destinations comme Nusa Penida et Kintamani n’auraient pas d’impact significatif sur l’intérêt touristique. Ce n’est pas un obstacle majeur pour les touristes étrangers. »

Il aurait toutefois précisé, tout comme la présidente Inda Trimafo Yudha l’a fait, que « si les touristes s’acquittent des droits d’entrée, les gestionnaires des lieux et les autorités locales sont tenus de fournir des infrastructures adéquates.

Ces infrastructures comprennent des toilettes publiques propres et bien entretenues, un accès routier convenable, des abris ombragés et des abris en cas de pluie, des centres d’information touristique et du personnel disponible pour assister les touristes en cas de besoin. »

On assure qu’il n’y a pas de chevauchement

Autre fait intéressant, l’article rapporte que les discussions abordent le sujet du chevauchement des taxes, ce que tout visiteur redoute grandement :

« Les taxes d’entrée sur les sites touristiques sont distinctes de la taxe de tourisme balinaise, et cette distinction doit être maintenue », a déclaré le directeur du Centre d’excellence touristique. « Il n’y a aucun chevauchement. Les taxes de séjour couvrent la gestion des zones touristiques et de leurs infrastructures, tandis que les taxes à payer par les touristes étrangers financent la préservation du patrimoine culturel balinais. »

Il a conclu avec ceci : « Les touristes n’ont aucun problème à payer, tant que les infrastructures et les services sont clairement définis. Ce qui est inacceptable, c’est de payer pour des services inexistants ou mal entretenus. »

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.