En Asie, où la dépendance aux fuel et kérosène provenant du Moyen-Orient est la plus importante sur la planète, les transporteurs aériens commencent à annoncer, à tour de rôle, l’instauration d’un plan de gestion de crise. Mais quand on y regarde de près, on découvre que ce plan d’urgence met en péril les services aux voyageurs et l’environnement des employés.

Les transporteurs aériens d’Asie ont, comme partout ailleurs, déjà annoncé, soit qu’ils réduisent leurs vols sur certaines liaisons, soit qu’ils haussent leurs prix des billets d’avion – ou les deux.
Mais on y prévoit déjà que les plans d’urgence iront plus loin que ça, et ceux-ci commencent à s’inscrire sous un nouveau label : l’auto-sauvetage.
L’auto-sauvetage pour surmonter la crise
Par exemple, Air Busan, filiale de Korean Air, a annoncé par le biais d’une note interne au nom de son PDG, Jeong Byeong-seop, qu’elle « mettrait en place un système de gestion des urgences à compter d’avril dans le cadre des efforts préventifs d’auto-sauvetage pour surmonter la crise actuelle » peut-on lire sur la plateforme FL360 aero.
Ce système de gestion des urgences est décortiqué ainsi : « Air Busan examine ses dépenses non essentielles et se concentre sur la réduction des coûts opérationnels. »
Il y a le plan de match pour la diminution des dépenses de carburant « grâce à des techniques de vol économes en carburant », mais aussi « l’identification de nouvelles initiatives pour réduire les coûts et accroître la rentabilité. »
De son côté, l’agence Reuters a consulté une note interne émise par la compagnie aérienne Korean Air, et dans celle-ci, on précise que « si les prix élevés du pétrole persistent, la compagnie s’attend à des perturbations importantes de ses objectifs commerciaux annuels et adoptera un système opérationnel d’urgence dès avril ».
Toujours en ce qui concerne Korean Air, la BBC rapporte aujourd’hui que la compagnie aérienne annonce son passage en mode de gestion de crise pour atténuer l’impact de la flambée des prix du kérosène, et ce mode prévoit de mettre en œuvre des « mesures internes de réduction des coûts » afin de maîtriser ses finances et d’assurer sa « stabilité face à la hausse des prix du carburant et à l’incertitude économique mondiale ».
La BBC rapporte également cette déclaration de Tan Chi Siang, du cabinet de conseil PwC Singapour : « Les compagnies aériennes sont en train d’adopter des protocoles d’urgence similaires à ceux qui ont protégé leurs activités lors de crises telles que la pandémie de Covid-19. »
Cet auto-sauvetage est perçu comme nécessaire, les transporteurs asiatiques étant particulièrement confrontés à un « double choc » : la hausse des prix mondiaux du pétrole et, nous le disions plus tôt, à une pénurie régionale de kérosène, « ce qui les contraint à prendre de telles mesures ».
Les cas d’Asiana Airlines et Busan Air sont également identifiés car ces transporteurs « ont activé leur plan de gestion de crise ».
« Les mesures sont généralement internes, comme le ralentissement des modernisations ou autres investissements », a déclaré Tan Chi Siang.
Toujours selon la BBC, les employés de Korean Air ont été informés des mesures d’urgence par une note interne. Le vice-président Woo Ki-hong a indiqué aux employés que la compagnie se préparait à une forte hausse des dépenses de carburant, ajoutant que « la compagnie réduira ses coûts grâce à des mesures indexées sur le prix du pétrole, et que ces initiatives ne constituent pas une mesure ponctuelle, mais une opportunité de consolider ses fondements.»
La logistique des vols est impactée
Un autre volet du plan de gestion de crise des transporteurs aériens d’Asie prévoit le déploiement d’une logistique visant à maintenir une certaine efficacité opérationnelle, mais qui apporte son lot d’inconvénients pour les voyageurs.
Des déviations de vols sont appliquées, par obligation, les compagnies aériennes étant contraintes de contourner les itinéraires de vol traditionnels en raison de l’instabilité au Moyen-Orient.
On rapporte ainsi de nombreuses liaisons directes annulées, entre l’Europe et l’Asie, pour des raisons de sécurité et de logistique. Ces déviations entraînent des trajets avec escales et considérablement plus longs, pour les voyageurs, ajoutant parfois plusieurs heures à un trajet standard. On note que la fatigue physique et mentale des voyageurs est aggravée par ces longs trajets.
Les voyageurs sont impactés, mais aussi les équipages, qui sont soumis à une pression maximale – ce qui impose des rotations du personnel naviguant plus fréquentes et complique davantage la planification des vols.
La ponctualité des arrivées est donc compromise, et les retards deviendraient une situation attendue et non plus une exception.
Le carburant durable devra attendre
La crise actuelle a également un impact désastreux sur les bonnes volontés des compagnies aériennes. Être en mode gestion de crise, ça veut dire obligation de laisser tomber les beaux projets.
Dans le cas qui nous préoccupe, on apprend que l’Autorité de l’aviation civile de Singapour a annoncé le report de la taxe sur le carburant d’aviation vert, taxe dont l’instauration était initialement prévue dès avril 2026.
Cette taxe visait à aider Singapour en finançant ses achats de carburant d’aviation durable (composé de sources renouvelables et de déchets tels que les huiles de cuisson usagées et les graisses animales).




