La Tunisie veut que ça change. Mais est-elle responsable de ce qu’elle ne veut plus?
La Tunisie aurait-elle assouvi trop longtemps les désirs des voyageurs aux intérêts dont elle ne veut pas tant mettre à l’avant-plan?

On apprend en ce moment que les autorités touristiques du pays, et bien ça y est, elles veulent donner un grand coup et faire valoir les richesses authentiques admirables que la Tunisie a dans le ventre.
Il était temps.
« Longtemps associée à son offre balnéaire, la Tunisie cherche à étendre son offre touristique pour séduire une clientèle en quête d’authenticité, de diversité et de sens » apprend-t-on cette semaine dans le Quotidien du tourisme.
Il était vraiment temps!
Mais pourquoi ceci, en ce moment?
Le désert saharien ne vient pas tout juste d’apparaître en Tunisie, ni les villages troglodytiques, ni les dromadaires errants, ni les oliveraies à perte de vue, ni les sublimes médinas, ni l’incroyable amphithéâtre d’El Jem…
Si la Tunisie est, jusqu’à aujourd’hui, trop largement associée à son offre balnéaire, c’est qu’elle l’a voulu ainsi.
« La Tunisie est souvent perçue à travers ses stations balnéaires. C’est bien, mais c’est une vision réductrice », a déclaré le directeur de la promotion à l’Office national du tourisme tunisien, Lotfi Mani.
Ça, les voyageurs curieux l’ont toujours su.
« Nous sommes un pays où, en quelques heures, vous passez de paysages verdoyants au nord à des plaines agricoles, puis au désert saharien. Il y a une diversité exceptionnelle. C’est un petit pays par la taille, mais très grand par la richesse de ses paysages, de ses cultures et de ses expériences. »
Ça aussi, les voyageurs curieux l’ont toujours su.
Comment se fait-il, alors, que les responsables de la promotion du tourisme de cette Tunisie merveilleuse en sont aujourd’hui à faire des plans pour tenter de rectifier cette «vision réductrice» qu’elle juge que les touristes ont de la destination?
La Tunisie pourrait être un cas d’école en tourisme, chapitre « les impacts de nos propres décisions » : si la Tunisie souffre aujourd’hui d’une « vision réductrice », c’est qu’elle a nourri elle-même cette « vision réductrice ».
Le cas Hammamet
Station balnéaire hyper connue et fréquentée, Hammamet est sur toutes les brochures, et répond au surnom de « St-Tropez tunisien ». À lui seul, ce surnom indique beaucoup : la provenance d’un grand nombre des touristes qui la fréquentent depuis longtemps – jusque-là, ça va – mais aussi ce pourquoi ils y vont : pour se faire bronzer sur la plage, siroter une boisson dans la chaleur du climat.
Il ne faut pas juger. Tout le monde a le droit d’aller se faire bronzer où il veut. Mais dans le sujet qui nous préoccupe, notons que la Tunisie, la première, a largement misé sur ce match touriste adepte du farniente et bronzage sur la plage.
Ce n’est pas tout. Il y a cette autre invitation : à Hammamet, les touristes sont invités à visiter un… bateau pirate :

Question : le bateau pirate d’Hammanet, incarne-t-il l’authenticité tunisienne? EST-il l’authenticité tunisienne?
Répétons le contexte : si la Tunisie dit souffrir aujourd’hui d’une vision réductrice, c’est qu’elle nourrit elle-même cette « vision réductrice ».
La route sera-t-elle peut-être longue?
Au Québec, il y a cette expression : « les bottines doivent suivre les babines ». Traduction : on doit faire ce qu’on dit.
Toujours dans le cas qui nous préoccupe ici, et si on jetait un œil sur l’angle de promotion adopté par le transporteur national du pays, Tunisair? Voici une image promo du transporteur:
Cela dit, dans cette volonté légitime de se départir d’une vision jugée réductrice, sans doute la Tunisie devra-t-elle travailler sa cohérence, et sans doute aussi cesser, entre autres, de vouloir suivre à tout prix des tendances qui ne lui ressemblent pas du tout.
Un exemple?
Il y a à peine un mois, nous apprenions de la bouche des autorités que la Tunisie, dans sa promotion 2026, fait valoir le… pickleball.
Voici ce que Open Jaw Québec rapportait en mars dernier :
« Les informations partagées par l’Office National Tunisien du Tourisme nous apprennent que, bien que la Tunisie compte des atouts exceptionnels avec le Sahara au sud, la Méditerranée au nord et des lieux d’exception comme l’amphithéâtre d’El Jem, Djerba et Douz, pour ne nommer que ceux-là, la destination a pris la décision de miser sur le pickleball : « nous avons choisi de mettre en avant certaines activités qui connaissent un intérêt croissant auprès de la clientèle canadienne, telles que le golf, la thalassothérapie ou encore le pickleball » indique la Tunisie dans un communiqué. »
Le pickleball, c’est chouette comme activité. Mais voici : quelles cordes sensibles la Tunisie espère-t-elle toucher chez les voyageurs en faisant la promotion du pickleball?
Comment la Tunisie va-t-elle séduire une clientèle en quête d’authenticité, de diversité et de sens en faisant la promotion du pickleball?
Pas toutes, mais certaines destinations font la promotion du pickleball parce qu’elles n’ont pas cette chance incroyable de caresser le majestueux Sahara, elles n’ont pas cette occasion en or d’avoir des oasis dans le désert et des médinas sur leur territoire, elles ne comptent pas le couscous en 11 variétés différentes sur leur menu typiquement local, elles n’ont pas les souks pour étaler leurs couleurs et leurs saveurs…
« Changer le regard sur la destination »
Dans le Quotidien du Tourisme toujours, on rapporte également que pour les autorités de la Tunisie, « l’enjeu est désormais clair : transformer durablement l’image de la Tunisie ».
« Nous avons tous les atouts : la diversité des paysages, la richesse culturelle, l’hospitalité, la gastronomie, et aujourd’hui une montée en qualité réelle. Ce qu’il faut, c’est faire évoluer les perceptions. Montrer que la Tunisie ne se résume pas à ses plages, mais qu’elle offre une multitude d’expériences, adaptées aux nouvelles attentes des voyageurs. »
Ça aussi, les voyageurs curieux amoureux de la Tunisie l’ont toujours su.
Pour les autres, effectivement, il faut les aider à faire évoluer leurs perceptions. Pour cela, les bottines de la Tunisie doivent suivre les babines…




