Plaintes des passagers : les frais aux transporteurs, du bla-bla-bla?

Il y a deux fonds au problème, et le deuxième est délicieux!

Voyageur dans un aéroport (Photo: JESHOOTS.COM / Unsplash)

Le premier, c’est l’ampleur des plaintes des passagers, qui est devenue telle que c’est aujourd’hui « un fardeau insupportable » pour tout le monde, passagers, transporteurs aériens et Office des transports. Actuellement, 100 000 dossiers pour vol annulé ou encore bagage perdu, sont en attente de traitement à l’Office des transports du Canada.

Mais le deuxième fond du problème, c’est le plus délicieux des deux :

Le règlement de 2019 sur la protection des passagers aériens, 1- impose des obligations claires aux compagnies aériennes concernant les retards, annulations ou encore les bagages qui sont perdus, et 2- il prévoit aussi que, pour inciter les compagnies aériennes à réagir plus rapidement dans le traitement des dossiers, l’Office des transports peut imposer des frais administratifs aux compagnies aériennes de 790 $ pour chaque dossier ou plainte.

Le lapin du chapeau, c’est que l’Office n’utilise pas ou pas toujours cette mesure…

Mais attendez, ce n’est pas fini :

La semaine dernière, Ottawa a grogné. Le gouvernement fédéral a dit vouloir serrer davantage la vis aux compagnies aériennes en permettant à l’Office des transports d’imposer des amendes encore plus sévères!

Plus sévères comment?

4 fois plus élevées!!

Aux compagnies aériennes qui enfreindront systématiquement la réglementation sur la protection des passagers, Ottawa dit vouloir faire passer l’amende maximale actuelle de 250 000 $… à un million de beaux dollars!

Question : qu’ossa donne d’ajouter un zéro aux amendes si l’Office des transports a cette latitude d’imposer ou non des frais inscrits à un règlement pour protéger les passagers consommateurs?

Allons frapper au privé

La semaine dernière, Ottawa a annoncé envisager de faire appel au secteur privé pour s’attaquer au grand ménage des plaintes. C’est que le chapeau est en train de voir sauter toute une colonie de lapins : suite au dépôt des plaintes, les décisions peuvent prendre plusieurs années avant d’être rendues…

« Ce n’est pas acceptable, les Canadiens méritent mieux« , a déclaré le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, en conférence de presse la semaine dernière.

Cela dit, pourquoi se tourner vers le privé?

En entrevue à Radio-Canada, M. MacKinnon a déclaré ceci : « il faut rétablir la confiance du public dans le transport aérien. L’Office des transports est mal adapté pour gérer un nombre élevé de transactions. On a découvert que la lenteur et les coûts sont un fardeau insupportable pour l’Office, pour le système, pour les voyageurs et pour les transporteurs. »

Le ministre a ajouté que l’Office des Transports « fait un très bon travail, un travail minutieux. Mais un travail de grand volume comme celui-là se prête mieux à des gens qui ont rodé leur expertise en la matière, en arbitration, en règlement de différends. »

Cela étant tout dit, il persiste quand même un détail qui gratouille l’oreille gauche du mammifère lagomorphe proche du lièvre :

« Les compagnies aériennes savent qu’en retardant le traitement d’une plainte, le client va abandonner » a rappelé John Gradek, expert en transport aérien à l’Université McGill.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.