Réduction des comm d’Air Canada : les inquiétudes ne sont pas tant dans le porte-monnaie des agences

Open Jaw Québec a parcouru tous les articles, réactions et confidences qui badigeonnent les médias et qui portent sur le sujet du jour, soit la réduction du taux des commissions aux agents annoncée par Air Canada et qui sera en vigueur dès le 1er juillet.

Avant de plonger dans notre constat, offrons la parole à Vincent Gauthier-Doré, directeur général des Ventes au Canada et aux États-Unis chez Air Canada:

« La mesure annoncée le 1er juin à nos partenaires est nécessaire car les changements structurels du marché exigent une approche plus équilibrée et durable des coûts. Ceci, afin de garantir qu’Air Canada demeure solide, compétitive et bien positionnée pour créer de la valeur dans l’ensemble de l’écosystème du voyage, alors que nous amorçons une phase importante de croissance avec notre plan stratégique.

Il s’agit d’une réduction du taux de commission à compter du 1er juillet sans autres modifications fondamentales des programmes. Nos ententes commerciales avec les agences de voyages étant confidentielles, nous ne pourrons pas donner plus de détails.« 

Ceci dit, nous le disions, nous avons faire un tour d’horizon de tout ce qui se dit et s’écrit, et voici ce qui en ressort : les inquiétudes ne sont pas tant dans le porte-monnaie des agences. Les revenus en baisse annoncés inquiètent moins que :

– l’effet domino potentiel

– le timing

– le comment

– le principe

– la reconnaissance du transporteur envers les agences.

Effet domino

Nos collègues de Toronto rapportent par exemple les propos de Judith Coates, cofondatrice d’ACITA (Association canadienne des conseillers en voyages indépendants), qui déclare ne pas s’attendre à ce que cela affecte son entreprise, puisqu’elle facture des frais de billetterie pour tous les vols Air Canada qu’elle réserve. Elle a confié plutôt craindre que d’autres compagnies aériennes et voyagistes « n’y voient un précédent et n’en fassent autant. Et cela m’inquiète« .

Timing

Dans un message partagé avec Open Jaw Québec, l’Association canadienne des agences de voyages et des conseillers en voyage (ACTA) soutient pour sa part que « le moment choisi soulève de grandes inquiétudes. (Ces modifications à la structure des commissions) sont annoncées tout juste après le Mois de reconnaissance des conseillers en voyages » souligne Suzanne Acton-Gervais, présidente de l’ACTA.

Comment

Le comment de la chose fait également réagir la présidente de l’ACTA : « ces changements sont assortis d’une courte période de transition, surprenant ainsi de nombreuses agences qui avaient déjà pris des décisions d’affaires, d’embauche et d’investissement en fonction des ententes en vigueur« .

Principe

Le fait du principe est à la source de plusieurs réactions dans notre industrie : « C’est un coup dur pour ceux qui vendent leurs produits« , a déclaré Brenda Slater, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des conseillers en voyages indépendants (ACITA), à nos collègues de Toronto. Ici, on nage dans le principe qui dit de ne pas mordre la main qui nous nourrit.

Reconnaissance

Du côté de l’ACTA toujours, madame Acton-Gervais souligne également que « ce débat dépasse la simple question des commissions. Il s’agit de la reconnaissance du conseil professionnel et du rôle que jouent les conseillers pour générer des revenus, soutenir les consommateurs et fortifier l’industrie du voyage au Canada. Les conseillers sont des partenaires de confiance incontournables de notre écosystème, et leur contribution mérite d’être valorisée et rémunérée à sa juste valeur. »

Le bal de l’anonymat

Le survol que nous avons fait de tout ce qui s’écrit et se dit sur ce sujet, transpire également ceci : la majorité des conseillers en voyage qui partagent leurs points de vue sur le sujet acceptent de le faire mais de façon anonyme.

« Un détaillant a dit ceci… » lit-on ici.

« Un conseiller réputé a confié cela… » lit-on là.

« Un dirigeant d’agence de voyages de premier plan a indiqué ceci… » lit-on ici et là.

Questions : pourquoi cet anonymat dans un contexte où l’on exerce son droit de parole dans une situation qui nous concerne? L’anonymat réduit lui-même l’impact d’une parole et d’une prise de position, non?

Réactions de la concurrence

Le monde de la concurrence étant ce qu’il est, un « dirigeant d’agence de voyages de premier plan » a également confié à nos collègues de Toronto avoir observé que les concurrents d’Air Canada semblent tenter de tirer profit du désaccord entre les agents et le plus important transporteur aérien du Canada. « D’autres compagnies aériennes nous proposent déjà des avantages et des incitations plus intéressants pour nous inciter à leur confier des affaires », a déclaré ce dirigeant anonyme.

Ce qui se fait actuellement

« Pour défendre vos intérêts, l’ACTA a déjà rencontré Air Canada à deux reprises et a officiellement communiqué ses préoccupations à la haute direction du transporteur, annonce l’ACTA. De plus, nous avons porté le dossier devant le gouvernement fédéral en raison de ses répercussions directes sur les consommateurs, les entrepreneurs, les PME et l’ensemble de l’économie touristique.

« Nous reconnaissons la relation de longue date qui unit Air Canada et la communauté des agences de voyages. Nous gardons l’espoir que la compagnie aérienne examinera attentivement les inquiétudes soulevées par l’industrie. La vigueur de notre réaction collective reflète l’importance cruciale de cet enjeu pour des milliers d’entreprises d’ici et pour les voyageurs qu’elles servent au quotidien. »

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.