Europe : ce que les canicules sont en train de changer dans le tourisme

En Europe, les canicules qui sévissent de plus en plus souvent, longtemps et tôt dans la saison, sont sérieusement en train de faire réfléchir les prestataires de toutes sortes dans le tourisme et l’accueil des visiteurs.

Image: Immo Wegmann/Unsplash

Pourquoi? D’abord pour cette raison : la climatisation, non, n’est pas chose que l’on retrouve en grande quantité dans les établissements en Europe, que l’on parle des hébergements, restaurants et autres.

Conséquences : les gens (habitants et visiteurs) en souffrent de plus en plus et les hôtes, face à un thermomètre qui oscille dans le rouge de plus en plus souvent, commencent sérieusement à se dire qu’il faut sans doute remédier à la situation et faire quelque chose.

Le comportement change

La situation est si tangible et réelle que l’on remarque un changement de comportement chez les voyageurs.

Des prestataires et des plateformes de réservation affirment que les réservations de dernière minute sont en hausse. Le voyageur attend donc d’en savoir un peu plus sur la météo et les prévisions météorologiques avant de réserver.

Un autre comportement remarqué, c’est celui du choix de la destination. Prestataires et plateformes remarquent une hausse plus importante des demandes pour les destinations en bord de mer et les destinations plus nordiques, ou du moins loin de grands pôles urbains.

Si bien que dans le jargon de l’industrie du tourisme, on parle de polarisation géographique.

Si on prend l’exemple de la France, le nord du pays connaitrait une vague importante de popularité :

On observe un changement dans les destinations : depuis le début de la seconde vague de chaleur (en France), concernant les deux derniers week-ends de juin, les recherches ont bondi pour la Normandie (+170 %), pour Trouville (+170 %), pour Dieppe (+150 %) et même de 55 % pour la destination de Dunkerque, dans le Nord du pays, rapporte L’Écho Touristique dans un article intitulé Canicule en France : comment les acteurs du tourisme s’adaptent.

Autre modification de comportement remarqué : la demande pour le camping connaîtrait cette année une hausse plus importante que la moyenne des années passées.

Un nouveau critère recherché

Les prestataires et plateformes de réservation des hôtels rapportent qu’aux côtés des critères classiques que les voyageurs considèrent durant leurs recherches de prestations (emplacement du lieu, déjeuner inclus, navette, etc.), un nouveau critère est de plus en plus recherché : le critère du confort thermique.

«La température est devenue une boussole», note Xavier Rousselou, porte-parole des plateformes Hotels.com et Abritel.fr, et dont les propos sont rapportés dans un article intitulé Canicule : la climatisation devient le premier critère de choix d’un hôtel pour cet été  et publié dans Le Figaro. «Entre le 14 et le 23 juin, en pleine période de forte chaleur, les recherches utilisant le filtre « air conditionné » pour des séjours en hôtel dans les deux prochaines semaines ont bondi de +424 % par rapport à la période du 4 au 13 juin, avant la canicule.»

On ajoute que la plateforme Booking.com corrobore cette tendance. La plateforme aurait observé un triplement de l’usage du filtre «climatisation» entre le 19 et le 24 juin, par rapport aux semaines précédentes. Durant cette même période, les recherches d’hébergements avec piscine extérieure auraient progressé de +85 %, tandis que les logements en bord de mer auraient enregistré une hausse de +9 %.

Les hôtels s’adaptent

L’Écho Touristique rapporte également que les hôtels, non seulement réfléchissent-ils à comment remédier à la situation, mais ils font actuellement des tests :

« La fraîcheur dans les établissements est devenue une préoccupation majeure, souligne le gérant de l’hôtel Europa à Maussac (Nouvelle-Aquitaine, en France). C’est devenu un critère de choix pour nos clients. Ils privilégient des destinations réputées plus froides ou des établissements équipés de climatisation ou d’autres moyens de refroidissement. »

Le gérant de l’établissement non climatisé a également fait savoir son initiative du moment : l’une des chambres est désignée « chambre témoin » et dans celle-ci, on teste diverses mesures telles qu’un ventilateur de plafond. « Bon nombre d’hôteliers réfléchissent au moyen de rafraîchir les chambres », a-t-il indiqué. C’est un sujet que l’on a tous actuellement ».

« Une première évidence s’impose : la climatisation n’est plus un confort, elle devient un investissement stratégique. La canicule révèle finalement une évolution beaucoup plus profonde : l’hospitalité ne consiste plus seulement à servir un repas ou à proposer une chambre. Elle consiste aussi à prendre soin des personnes et du territoire. Les établissements de demain seront hybrides dans leurs fonctions, modulaires dans leur organisation et résilients face aux défis climatiques » signe Franck Chaumès, président national de l’Umih Restauration (Union des métiers de l’hôtellerie restauration), dans une lettre ouverte.

Heures d’ouverture modifiées, voire fermeture complète

Situation un peu moins rigolote mais sans doute compréhensible, les médias européens rapportent que plusieurs lieux touristiques modifient leurs heures d’ouverture. On parle alors d’adaptation :

Il y a quelques jours à Paris, la Tour Eiffel et le Musée du Louvre ont avancé leur heure de fermeture, fermant ses portes à 16 h au lieu de 18 h dans le cas du Louvre. On rapporte également que l’Arc de Triomphe n’a ouvert que de 10 h à 14 h 30 les 22, 23 et 24 juin derniers, soit en pleine canicule. Le Château de Versailles aurait également avancé sa fermeture à 16 h 30, dès le 21 juin.

Toujours à Paris, on rapporte que le Palais de Tokyo avait suspendu toutes ses expositions jusqu’au 26 juin. Le Jardin des Plantes a fermé ses Grandes Serres, sa Ménagerie et plusieurs galeries du MNHN — seule la Grande Galerie de l’Évolution, climatisée, reste ouverte, rapporte l’Écho Touristique.

On rapporte également que certains lieux touristiques découragent les visiteurs de venir les visiter lorsqu’une canicule se pointe, et que certains autres lieux ferment même carrément leurs portes.

Par exemple, le Mont-Saint-Michel, soit le site le plus visité en France hors région parisienne, a récemment conseillé aux visiteurs de reporter leur venue en raison de la canicule.

Force est de constater que compte tenu des situations décrites ici, le visiteur a visiblement intérêt à s’informer des horaires d’ouverture des lieux qu’il souhaite visiter lorsqu’une canicule sévit.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.