L’épisode que nous venons de vivre a révélé 1-des choses qu’on ne savait pas chez les agents de bord, 2-que l’appui d’une population est un moteur puissant, 3-ce que les syndicats ont dans le ventre, 4-une stratégie d’un transporteur qui s’est révélée « à revoir », 5-un gouvernement qui démontre une nouvelle fâcheuse habitude.

Open Jaw Québec parcourt les tribunes d’analyses depuis quelques jours, sur la grève des agents de bord d’Air Canada, et constate que ce qui vient de se produire est un événement historique. Et certains analystes prétendent même que ce « cas Air Canada » sera « cas d’étude » dans les facultés de droits et des relations de travail…
Résumé.
D’abord, plusieurs tribunes rapportent des témoignages nombreux de citoyens qui étaient surpris d’apprendre qu’en 2025, des travailleurs n’étaient pas rémunérés pour certaines heures qu’ils travaillaient. Et la surprise a été encore plus grande quand la population a constaté que plusieurs décideurs et instances décisionnelles de notre sphère professionnelle n’étaient pas au courant non plus.
Cet épisode a également révélé que les agents de bord d’Air Canada étaient moins rémunérés que les agents de bord d’Air Transat et d’autres transporteurs.
Puis, il y a ceci :
« Le gouvernement de Marc Carney s’est rendu compte qu’utiliser l’article 107, qui est en train de devenir une habitude chez ce gouvernement pour mettre fin à des conflits de travail, et bien ça demande un peu plus de réflexion. Et dans le cas de la grève des agents de bord d’Air Canada, on avait appuyé sur le mauvais bouton » a déclaré ce matin Chantal Hébert, analyste politique, sur les ondes de Radio-Canada.
Pourquoi?
« Parce que la sympathie du public n’était pas du tout du côté d’Air Canada, mais plutôt du côté des grévistes. »
Un sondage commandé par le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente les agents de bord d’Air Canada, avait effectivement révélé les résultats qui prouvaient qu’une proportion majoritaire de la population était derrière les agents de bord et ce, même si cette population a souffert des annulations de vols.
Cette sympathie envers les agents de bord, de la part de la population, était un fait réel bien avant le début du conflit que nous venons de vivre, mais elle s’est amplifiée lorsque la population a appris que ces agents de bord n’étaient pas rémunéré pour leur travail accompli avant que les portes d’un avion se ferment.
Cette sympathie aurait été un moteur puissant pour le Syndicat des agents de bord. Sachant la population majoritairement favorable à sa cause, même si elle souffrait de la situation (annulations de vols, chaos dans les aéroports), cette sympathie aurait apporté un souffle suffisamment fort pour porter le syndicat jusqu’à affirmer être prêt à aller en prison si c’est ce qui l’attendait (précisons ici que l’allusion à la prison venait du fait qu’en s’objectant à l’ordonnance de retourner au travail, le syndicat s’exposait à une accusation d’outrage au tribunal, si le cas Air Canada allait aboutir au tribunal).
Restons dans le jardin du Syndicat des agents de bord d’Air Canada, pour souligner qu’il avait l’appui d’autres syndicats et comptait sur un coussin d’environ 148 millions de dollars pour assumer frais, amendes et autres pour aller jusqu’au bout.
Une déclaration matière à réflexion
Un autre événement dans ce conflit a révélé une leçon à retenir :
« La déclaration d’hier du président d’Air Canada, Michael Rousseau, n’a pas non plus plu. En disant « je pensais que l’article 107 allait tout régler », en clair, il disait « je comptais sur le gouvernement fédéral pour tout régler » » soutient Chantal Hébert.
Rappelons que l’article 107 stipule que le ministre du Travail, lorsque cela est opportun ou requis pour favoriser la bonne entente dans le monde du travail, peut ordonner des mesures qu’il juge nécessaires.
Cela dit, du côté du gouvernement, d’avoir pris l’initiative d’utiliser cet article 107 a révélé une habitude, non seulement inquiétante, mais fâcheuse. Car voici : en moins de deux ans, le gouvernement de Trudeau/Carney a utilisé cet article à plusieurs reprises, « pour faire taire les syndicats », ce qui permet de craindre ceci : « si le gouvernement continue d’agir ainsi, le mur qui l’attend, c’est une crise sociale majeure, non pas avec les agents de bord d’Air Canada, mais avec l’ensemble du mouvement syndical » indique l’analyste Chantal Hébert.




