L’IA dans notre industrie, selon David Boigné, 5Continents

Open Jaw Québec et David Boigné, président-fondateur de 5Continents, papotions tranquillement par un matin ensoleillé. Nous lui avons soufflé « Intelligence Artificielle » à l’oreille, et il a jubilé…

David Boigné, 5Continents. Photo: Isabelle Chagnon

Open Jaw Québec a sauté sur l’occasion du sujet, et lui avons posé cette question à points d’interrogation multiples : pourquoi l’IA semble vous fasciner autant?, quel usage en faites-vous?, et comment la décrivez-vous?

Voici sa réponse :

« Un idiot qui utilise l’Intelligence Artificielle, ne deviendra pas plus intelligent, ni plus connaissant. L’information que l’IA va chercher est celle qui la plus fréquemment poussée sur le net, si une fausse information est bombardée sans arrêt, elle deviendra vraie pour l’IA. J’ai fait plusieurs tests sur des sujets que je maitrise très bien et l’information qui m’a été donnée était erronée. Lorsque j’ai challengé l’IA, après 3 remises en question de ma part, finalement la bonne réponse est arrivée avec des excuses J.

L’IA, c’est un outil qui arrive dans notre sphère de la même manière que lorsqu’on a vu arriver les technologies virtuelles. Son arrivée rappelle aussi quand on est passé des fameux livres des compagnies aériennes aux tarifications des billets d’avion en ligne. À l’époque en agence, il fallait construire les itinéraires aériens. Aujourd’hui, plus personne connaît la technique de l’exercice parce que les GDS des sites des consolidateurs font le travail à notre place.

Mais attention : faire bon usage de l’IA, ce n’est pas tout prendre d’elle, ce n’est pas tout prendre de ce qu’elle nous donne. Car parfois, les choses font plus ou moins de sens.

Dans mon travail, j’utilise l’IA parce qu’elle me donne un gros coup de main pour démarrer un projet ou un programme. Par exemple, si je reçois une demande spéciale pour un voyageur, du genre comment combler 9 jours sur 3 îles aux Îles Canaries, et bien je vais consulter l’IA à partir des critères connus, puis je regarde attentivement le résultat.

Mon intervention est essentielle : j’ai les connaissances suffisamment bonnes pour détecter par exemple que, oui, telle option du résultat est bonne, non, telle chose proposée par l’IA ne convient pas au profil de ce client, telle autre non plus, telle autre devrait être plutôt comme ça, le voyageur du Canada devrait plutôt passer une nuit à Madrid ou à Londres avant et après pour faciliter les connexions, etc.

Tout ça, ce sont des exemples de choses que l’IA ne te dira pas. »

Les fameux guides Michelin….

David poursuit sa réflexion sur l’Intelligence Artificielle :

« Ce qu’on avait avant, vous savez les guides Michelin, dans lesquels on surlignait des bouts de phrases de différentes couleurs avec des petits rubans, dans lesquels on collait des petits post-it en haut, en bas et à droite pour avoir accès plus rapidement à telle ou telle info? Bien aujourd’hui, tout ça, ça s’appelle l’Intelligence Artificielle.

Pour moi, avec l’IA, l’accès à l’information devient plus facile, plus accessible et l’obtenir devient un exercice beaucoup moins ardu. Mais le tout est amplifié. On a accès à de l’information de manière exponentielle par rapport à tous les guides avec lesquels on travaillait avant.

Cela dit, il faut aussi suivre cette démarche, celle de questionner la faisabilité de ce que veut précisément le client. Il faut se demander : est-ce que l’autocar que veut mon client pour son groupe pourra se rendre dans ce petit village dans le Var qu’il souhaite visiter?

Si on ne vérifie pas ces détails, le risque, c’est de se retrouver avec un programme pondu par l’Intelligence Artificielle qui est complètement idiot. Car l’Intelligence Artificielle n’a pas en elle tous les éléments qu’un bon planificateur de voyage dispose.

Oui, je jubile avec ces joujoux-là, mais il n’en reste pas moins que, quelqu’un qui n’a aucune connaissance dans son domaine, et bien il risque de faire une démarche complètement stupide avec l’IA. »

-« Il faut voir l’IA comme une piste alors? », questionne OJQ.

-« Comme un outil puissant parmi d’autres. L’IA n’est pas une compétition en soit, Celui qui sait s’en servir intelligemment l’est», répond David Boigné.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.