Si on absorbe tout ce qui se dit dans le monde, le transport aérien est actuellement une poule pas de tête : il va dans tous les sens en réaction à la guerre au Moyen-Orient et ses effets, et réagit à tout et son contraire.

Mais comment peut-il en être autrement : les présidents des pays qui se livrent cette guerre sont les premiers à incarner cet exercice complètement disloqué, en distribuant des messages totalement contraires sur le même événement qui les réunit.
Le seul dénominateur qui semble commun, c’est celui de la stratégie : on dit par exemple de Donald Trump qu’il prétend que les pourparlers directs avec l’Iran « vont super bien » (fait totalement démenti par l’Iran) et ce, 1- pour gagner du temps, celui qu’il faut pour que ses 4500 Marines actuellement en route arrivent sur place, et 2- pour calmer les nerfs de tout le monde et ainsi, faire baisser un peu le prix du baril de pétrole – et les décibels de son peuple.
Le parallèle avec le transport aérien, c’est celui-là : les présidents des compagnies aériennes ont eux aussi des oreilles, et s’ils se trouvent sans doute dans la même position que tout le monde (face à tout et son contraire), ils ont, en prime, une business à faire voler, des factures à payer et des budgets à prévoir.
C’est ainsi que la poule perd sa tête : son vertige lui dicte de réagir, mais comme le choc est puissant et déstabilisant, elle prend plusieurs décisions en mode réaction.
Hausser les prix…
Un chef d’entreprise ne peut pas attendre d’être face au mur; il doit capter les signaux l’informant que le mur s’en vient, et capter aussi les rumeurs même si celles-ci s’avéreront, dans le futur, fondées ou non.
Ainsi donc les compagnies aériennes font actuellement des plans en réaction à la hausse du prix du kérosène, qui représente, quand même, plus de 40 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes.
Le premier plan, vous le savez déjà, c’est de hausser les prix des billets d’avion ou encore d’imposer un supplément de carburant (ce qui revient au même).
Et les hausses sont parfois considérables :
« Le prix moyen d’un vol transcontinental de la United Airlines est passé de 167 $ fin février à 414 $ mi-mars, selon une analyse de la Deutsche Bank, rapporte-t-on ici. La pression se fait également fortement sentir sur les liaisons plus courtes. Un vol New York-Saint-Domingue (République dominicaine) avec la compagnie low-cost JetBlue est passé de 166 $ à 566 $ en trois semaines et coûte plus de quatre fois plus cher qu’il y a un an. »
Annuler les vols…
Annuler des vols est le second plan d’un nombre de compagnies aériennes qui se multiplie chaque jour en ce moment.
Par exemple, la compagnie aérienne SAS a annoncé l’annulation d’environ 1 000 vols en avril en raison de la hausse des coûts, et United prévoit de réduire le nombre de ses vols en période hors pointe, tels que les vols de nuit ainsi que les vols les jours de moindre achalandage, comme mardi, mercredi et samedi.
La compagnie Vietnam Airlines prévoit elle aussi de suspendre des vols. Dans un communiqué, la compagnie informe suspendre temporairement ses opérations sur plusieurs liaisons à compter du 1er avril, pour un total de 23 vols hebdomadaires.
Mentionnons également qu’une autre motivation derrière les annulations de certaines liaisons, c’est celle-ci : se concentrer sur les lignes les plus rentables.
Cela dit, un autre facteur explique pourquoi, en gestion de crise comme celle-ci, les compagnies aériennes incarnent parfois la poule pas de tête : la plupart des compagnies ne se protègent plus contre les hausses du pétrole, rapporte Travel Weekly. Concrètement, cela veut dire qu’elles n’achètent plus leur carburant à l’avance à prix fixe, comme elles le faisaient autrefois. Résultat : dès que le kérosène augmente, elles doivent agir vite et répercuter la hausse presque immédiatement sur les billets, ou envisager des annulations, comme en ce moment.
Dans ce chapitre des annulations de vols, les compagnies aériennes pourraient pondre elles-mêmes l’œuf de leur poule :
« la hausse du prix du carburant risque d’affecter les passagers d’une autre manière: les compagnies aériennes pourraient être amenées à reconsidérer le maintien de certains vols rentables lorsque le prix du carburant était plus bas, mais qui ne le sont plus aujourd’hui. Et avec un choix de vols réduit pour les passagers, la diminution de l’offre de billets pourrait elle-même contribuer à la hausse des tarifs » fait voir CNN.
Et prédire la pénurie
« La crainte d’une pénurie de kérosène pousse les compagnies aériennes du monde entier à élaborer des plans d’urgence. Alors que le conflit au Moyen-Orient fait déjà grimper les prix du carburant, les transporteurs aériens menacent désormais de perturber l’approvisionnement, les obligeant à rechercher des garanties de disponibilité au-delà du mois prochain » rapportent nos collègues de Toronto.
Il y a le “business as usual”…
Dans une lettre adressée aux employés, le PDG d’United Airlines, Scott Kirby, aurait prédit que si les prix du carburant restent élevés, ils alourdiront les coûts annuels d’United de 11 milliards de dollars. Mais le pdg a également dit ceci :
« Nos plans à long terme concernant les livraisons d’avions et notre capacité totale pour 2027 et au-delà restent inchangés. »
Et l’annonce du clash
« En l’absence d’une accalmie à court terme, les compagnies aériennes du monde entier pourraient être contraintes d’immobiliser des milliers d’appareils, tandis que certains des transporteurs les plus fragiles financièrement pourraient cesser leurs opérations », ont indiqué les analystes de la Deutsche Bank dans une note à leurs clients, et dont Open Jaw Québec rapportait les propos.
Le scénario de Cuba se reproduit en Asie
Dans les bureaux des pdg des compagnies aériennes, on se confie également cette crainte d’un scénario catastrophe, face à l’Asie, qui a récemment fait avorter la saison touristique à Cuba :
« L’Asie du Sud-Est est bien plus dépendante du carburant acheminé via le golfe Persique que l’Europe », expliquait Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM, au Financial Times. « Nous pouvons nous approvisionner en carburant en Europe, mais si nous atterrissons dans une ville d’Asie du Sud-Est, nous ne pourrons pas redécoller. Sans carburant, impossible de voler. »
Pour rappel, près de 90 % des importations de pétrole de l’Asie, non seulement proviennent-elles du Moyen-Orient, mais passent par le détroit d’Ormuz, lequel est au cœur de la guerre qui sévit au Moyen-Orient.




