Comment la Coupe du Monde FIFA est un laboratoire des politiques de visas et contrôle frontalier

C’est une ampleur qu’on peine à imaginer : au fil du temps, la Coupe du Monde de la FIFA est devenue un événement international si puissant qu’elle est aussi devenue un laboratoire de transformation pour les politiques de visas et de contrôle frontalier.

Photo: Getty Images/Unsplash

Pendant que les joueurs de soccer frappent des ballons et que les fans achètent des billets d’avion, le World Travel & Tourism Council (WTTC) porte son attention, depuis 20 ans, sur le match « FIFA versus procédures d’entrée dans les pays hôtes ». Et vient de sortir un rapport résumant le fruit de ses observations : « le tournoi actuel de la Coupe du Monde de la FIFA est un tournoi historique qui marque un tournant dans la gestion des frontières à l’échelle mondiale ».

Open Jaw Québec a consulté ce rapport intitulé « Gestion des frontières et facilitation des visas pour la Coupe du Monde de la FIFA : 20 ans d’évolution (2006-2026) », et nous sommes d’avis qu’il aurait pu s’intituler « Pourquoi il faut aimer la Coupe du Monde de la FIFA dans l’industrie du voyage international ».

Voici pourquoi : la Coupe du Monde de la FIFA est à l’origine de plusieurs innovations déployées par les pays hôtes pour offrir l’une des expériences de voyage les plus fluides et les plus sûres jamais réalisées.

L’apogée avec l’édition 2026

Selon le WTTC, l’édition 2026 de la Coupe du Monde de la FIFA est la plus grande de l’histoire, avec 48 équipes, et la première à être organisée simultanément dans et par trois pays.

« Cette ampleur et cette complexité sans précédent ont nécessité l’utilisation d’innovations numériques aux frontières pour gérer les voyages internationaux et démontrer que les systèmes frontaliers peuvent être à la fois hautement sécurisés et efficaces à grande échelle » constate le WTTC.

Comment les pays hôtes ont changé leurs règles aux frontières

Selon les observations du WTTC, il y a eu adoption, pour la Coupe du Monde 2026, d’un modèle de « voyage de confiance », où les voyageurs à faible risque, préalablement approuvés, bénéficient d’un passage aux frontières plus rapide et plus prévisible, tout en maintenant des normes de sécurité rigoureuses.

Aux États-Unis seulement, plus de 5,9 millions de demandes d’autorisation de voyage électronique (ESTA) ont été soumises avant le tournoi, et plus de 5 millions d’entre elles ont été approuvées, permettant ainsi de voyager sans visa.

Parallèlement, plus de 1,6 million de voyageurs se sont inscrits aux programmes de voyageurs de confiance (TTP), tels que Global Entry, NEXUS et SENTRI, bénéficiant d’un passage accéléré aux frontières des trois pays hôtes.

L’innovation dont on parle s’est également étendue à l’accompagnement et à l’information des voyageurs, fait voir le WTTC.

« Des initiatives comme FIFA PASS, qui donne la priorité aux rendez-vous de visa pour les détenteurs de billets, et COMPASS, un assistant numérique basé sur l’intelligence artificielle, ont permis aux voyageurs de s’y retrouver plus efficacement dans les formalités d’entrée, tout en aidant les autorités frontalières à gérer la demande ».

Ce que le Mexique a fait

Le Mexique a renforcé la sécurité et facilité les déplacements grâce à son programme de voyageur de confiance, Viajero Confiable, permettant aux voyageurs admissibles d’utiliser les bornes automatiques et les files prioritaires à l’immigration dans les aéroports mexicains participants.

Ce que le Canada a fait

Pour pouvoir entrer au Canada, les voyageurs doivent obtenir un visa de visiteur ou une autorisation de voyage électronique (AVE) avant leur arrivée. En prévision de la Coupe du Monde de la FIFA, les demandeurs ont été et sont invités à mentionner la « Coupe du Monde de la FIFA 26 » pour accélérer le traitement de leur demande.

Comment les Coupes du Monde ont révolutionné le secteur du voyage

Les recherches du WTTC montrent que ces évolutions représentent l’étape la plus avancée d’une transformation de 20 ans dans la gestion des frontières. « On est passé du traitement traditionnel des visas à des écosystèmes numériques dynamiques qui combinent identité, entrée, mobilité et expérience pour offrir aux voyageurs un parcours fluide » souligne le WTTC.

« Ces progrès s’inscrivent dans une logique d’innovation constante observée lors des précédentes Coupes du Monde de la FIFA. En 2006, l’Allemagne s’est concentrée sur l’adaptation des procédures de visa traditionnelles à l’espace Schengen, tandis qu’en 2010, l’Afrique du Sud a instauré le premier visa événementiel et introduit le pré-contrôle avec traitement anticipé des passagers. En 2014, le Brésil a mis en place un cadre juridique spécialisé et des catégories de visas adaptées, avant que la Russie en 2018 n’introduise la FAN ID, intégrant l’entrée, le transport et l’accès au stade. Ce modèle a été perfectionné au Qatar en 2022 grâce à l’écosystème numérique Hayya, qui a ensuite évolué vers une plateforme nationale permanente de visa électronique. »

Voici la suite des réflexions du WTTC sur le phénomène :

« Ces six tournois illustrent collectivement comment les méga-événements peuvent catalyser une transformation à long terme. Ils démontrent également que l’avenir de la gestion des frontières repose de plus en plus sur des systèmes numériques interopérables, permettant aux voyageurs d’être pré-vérifiés avant leur départ et accompagnés tout au long de leur voyage par des plateformes connectées qui améliorent à la fois la sécurité et l’expérience. »

« La Coupe du Monde de la FIFA a constamment démontré que la gestion des frontières peut évoluer d’un obstacle à un facilitateur de la connectivité mondiale« , souligne Gloria Guevara, présidente-directrice générale du WTTC.

« De l’accent mis dès le départ par l’Allemagne sur la facilitation des visas aux solutions de voyageur de confiance mises en place en 2026, nous assistons à l’émergence d’un nouveau modèle de voyage. Un modèle numérique, sécurisé et fluide à grande échelle. »

Que réserve l’avenir

Pour l’avenir, le WTTC souligne que, « face à la complexité et à la dispersion géographique croissantes des méga-événements, notamment la Coupe du Monde de la FIFA 2030 qui se déroulera dans six pays sur trois continents, le besoin de solutions coordonnées et interopérables permettant aux voyageurs de se déplacer sans encombre entre les pays, tout en garantissant des contrôles de sécurité robustes et une expérience accueillante et cohérente, ne fera que s’intensifier. »

Si vous souhaitez lire le rapport du WTTC dans sa totalité, c’est par ici.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.