Réserver chez l’hôtelier et non via une plateforme : le débat oublie souvent ce détail…

En ce moment, l’Association Hôtellerie Québec saute sur l’occasion, celle de la campagne actuelle du gouvernement du Québec sur l’achat local, pour faire valoir que les réservations effectuées directement auprès des hôteliers, et non via les grandes plateformes internationales, s’inscrivent elles aussi dans le principe de l’achat local.

Photo : Dave Photoz/Unsplash

En entrevue sur le sujet sur les ondes de Radio-Canada, Véronique Tremblay, pdg de l’Association, défend ce lien direct entre « réservation directe » et « achat local ». Ce rapprochement est indéniablement évident, mais peut-être faut-il être prudent avec les énoncés qui empruntent un sens unique – d’où l’importance d’un débat.

Un débat qui continue de débattre

Réserver une chambre d’hôtel directement auprès de l’hôtelier ou via une plateforme internationale, c’est un débat qui ne date pas d’hier. La pdg de l’Association ne dit pas de ne pas avoir recours aux plateformes en ligne, mais elle suggère cette utilisation :

« Ça ne vous empêche pas d’aller voir ce que les recherches sur Google, Booking et les autres proposent, ne serait-ce que pour lire les avis des voyageurs. Mais en bout de ligne, on vous encourage à réserver directement auprès de l’hôtelier. »

Véronique Tremblay explique sa pensée : « Quand on réserve directement chez l’hôtelier, on lui permet d’éviter d’envoyer entre 15 et 30 % de commission qu’il devra verser à la plateforme, et donc à l’étranger. Un autre avantage, c’est lorsqu’il y a des bonifications à offrir, et bien les hôteliers vont les offrir aux clients qui réservent directement chez eux. Aussi, lorsqu’il arrive quelque chose, un changement par exemple, c’est beaucoup plus facile à gérer si on a réservé directement auprès de l’hôtelier. En contactant directement l’hôtelier, apporter des modifications sera beaucoup plus simple. »

Photo : Christin Hume/Unsplash

Madame Tremblay explique la mécanique du lien d’affaire qui existe entre l’hôtelier et la plateforme :

« Les hôteliers dont des chambres sont offertes sur une grande plateforme, ne peuvent pas afficher sur leur site Internet la même chambre, le même produit, moins cher. C’est l’une des exigences de ces grandes plateformes internationales. Elles exigent la parité tarifaire. Cela a été aboli en Europe, car ce n’est pas tout à fait équitable comme concurrence. Mais ici, au Canada et au Québec, ça existe encore. »

La pdg fait également valoir que contacter directement l’hôtelier permet parfois d’obtenir des valeurs ajoutées :

« Il peut arriver qu’un hôtelier propose le déjeuner inclus si la réservation est effectuée directement à son établissement. J’ai également déjà vu que l’accueil d’un chien était gratuit si la réservation est effectuée en direct. Un départ plus tard et une arrivée plus tôt est aussi parfois offert. Il peut y avoir différentes promotions. Le client peut se voir offrir différentes choses qu’il n’obtiendra pas s’il réserve via une grande plateforme étrangère. »

Propos intéressant, mais…

Open Jaw Québec a sondé quelques voyageurs pour connaître leur point de vue. L’un d’eux, Lionel Besnier, pense ceci : « je suis d’avis qu’économiser quelques dollars, ou manger des œufs gratuits, ne justifient pas de ne pas encourager une grande plateforme qui me rend un service précieux, celui de m’aider à trouver un hébergement qui répond à mes besoins. Car sans une plateforme, je n’aurais pas trouvé l’hébergement que je cherche, ou je l’aurais trouvé en y mettant beaucoup, beaucoup plus de temps et d’énergie.

« Pour cette raison, je crois qu’il est important d’encourager aussi les plateformes de réservations, et de ne pas systématiquement les percevoir comme des gros gourmands de commissions. Les plateformes rendent un service intéressant aux consommateurs, et c’est normal qu’elles soient rémunérées pour le faire. Les hôteliers accueillent un grand nombre de clients grâce à ces plateformes. »

Plateformes de réservations et agences de voyage, même combat.

Bonne réflexion à tous.

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.