Selon les experts et observateurs, le conflit chez WestJet était inévitable et ce, pour plusieurs raisons. La première : les écarts salariaux des agents de bord de WestJet étaient « spectaculaires ».

En entrevue ce matin à Radio-Canada, Marc Ranger, ancien directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique, a offert son regard sur la situation :
« On verra les détails de l’entente de principe, mais les agents de bord de WestJet partaient de très loin, avec des écarts salariaux de 8, 9 dollars de moins de l’heure par rapport au salaire moyen des autres transporteurs aériens.
« Une chose n’avait pas de sens : le syndicat des agents de bord de WestJet, c’est le même que celui des agents de bord des autres compagnies aériennes à travers le pays. Et pourtant, il y a de gros écarts de salaire, pour le même travail, entre le salaire des agents de bord de WestJet et celui des autres compagnies aériennes.
« Chez les pilotes, on ne voit pas ça. Eux ont réussi à imposer le même cadre monétaire. Chez les agents de bord donc, il fallait s’attendre à ce que les conditions de travail s’harmonisent. »
Système de crédits
Open Jaw Québec abordait ici les notions du système de crédits qui est implanté dans la mécanique des salaires chez WestJet. Rappelons brièvement que les tâches effectuées par les agents de bord au sol sont rémunérées (du moins jusqu’à nouvel ordre) selon un système d’heures de crédit, plutôt qu’un taux horaire.
« Mais avec les années, ce système de crédits apportait beaucoup de contraintes. On rajoute la forte inflation, qui a causé beaucoup de mécontentements chez les agents de bord, qui ont voulu revoir ce système » a explique Marc Ranger.

Une situation qui aurait pu être évitée
Les experts et observateurs qui s’expriment sur cette courte grève chez WestJet s’entendent pour dire que compte tenu de l’historique et l’épisode similaire récent chez Air Canada, une étape jugée importante, qui n’a pas eu lieu, aurait pu sauver les meubles si elle avait eu lieu :
« Je me serais attendu que le gouvernement fédéral nomme un médiateur spécial. Le gouvernement a un service de méditation, qui est très peu interventionniste, juge l’ancien directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique. Voyant venir le conflit, je me serais attendu à ce qu’on nomme quelqu’un de solide et aguerri capable de parler à portes fermées, pour imposer un certain compromis. Ça prenait une pression maximale (sur le transporteur, NDLR) pour réussir (entente). »
Comment alors expliquer cette réticence à nommer un arbitre?
« Les parties manquent souvent maturité. Elles hésitent à prendre un tiers neutre pour les aider à cheminer. L’idée est de prendre une distance par rapport au conflit, pour mieux regarder ce qui se passe ailleurs par exemple. Cette réticence à avoir recours à un tiers n’est pas justifiée. Et pourtant, on le voit, de plus en plus de conflits se règlent par des compromis proposés par un médiateur« .
Pour la suite
L’entente de principe qui vient d’être conclue est une bonne nouvelle « et un tour de force. Maintenant, faudra voir les détails de cette entente. Dans le transport aérien, beaucoup d’ententes de principe sont rejetés. L’entente de principe prévoit-elle, comme chez Air Canada, que la mécanique des salaires sera confiée à un arbitre? Ce sera à surveiller » a conclu Marc Ranger.




