Le démarchage d’Ottawa au Moyen-Orient aura bientôt des conséquences sur notre paysage aérien

Ce n’est un secret pour personne : depuis plusieurs mois, pour repositionner les nombreux œufs que le Canada avait mis dans le panier des États-Unis, Ottawa multiplie les poignées de main en Europe et au Moyen-Orient.

Restons au Moyen-Orient, et jetons un œil sur les négociations en cours.

Celles-ci vont notamment ainsi : « en échange d’un contrat, le Canada vous ouvrira son espace aérien », dit Ottawa. Traduction : Ottawa est en train d’assouplir les restrictions sur le nombre de vols en provenance d’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, restrictions qui avaient été imposées suite à des différends diplomatiques antérieurs, et qui avaient donc limité les vols.

Photo : Ben Neale

Cela dit, les compagnies aériennes européennes sont bien, mais celles du Moyen-Orient (ex. : Emirates) ont ceci de particulier : en ce moment, elles marquent de gros points en matière d’innovation et de service à faire rougir d’envie n’importe quel voyageur: « les compagnies aériennes du Moyen-Orient sont considérées comme « l’envie du monde entier » en raison de la qualité de leurs services » soutient l’expert en aviation John Gradek.

Et si elles réussissent à marquer ces gros points, c’est parce que la région du monde qui les a mises au monde – le Moyen-Orient – est actuellement un bulldozer : l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, avec leurs moyens financiers énormes, sont en train de réécrire l’histoire du voyage dans le monde à leur manière et ambitionnent même de redessiner la carte du ciel aérien mondial.

L’impact au Canada

Revenons chez nous, au Canada.

Nous le disions : dans ses pourparlers, Ottawa est en train d’ouvrir et d’élargir l’espace aérien canadien au Moyen-Orient.

La bonne nouvelle, elle est pour le voyageur : augmentation de la concurrence et tout ce qui va avec : stabilisation voire réduction des prix, augmentation de l’offre, etc.

La nouvelle qui crée de l’inconfort, elle sera pour les compagnies aériennes canadiennes : « elles pourraient être contraintes de revoir leurs pratiques à la hausse et avoir besoin de nouveaux avions, d’installations améliorées et d’un service à la clientèle plus performant » fait remarquer CBC News.

C’est qu’une pression pourrait bientôt se manifester : face à la qualité supérieure des services des compagnies aériennes du Moyen-Orient, les compagnies canadiennes pourraient se retrouver dans une situation d’urgence de devoir redoubler d’efforts si elles veulent rivaliser avec ces transporteurs étrangers innovants.

« Les transporteurs canadiens vont devoir améliorer leurs prestations et se surpasser pour rester compétitifs », a déclaré M. Gradek, dont les propos sont rapportés dans l’analyse de CBC News.

« Cela incitera Air Canada, WestJet et peut-être même Air Transat à revoir la qualité de leurs services à bord, ainsi que les commodités et la configuration de leurs appareils. »

Gourmandise et hubs surdimensionnés

Le scénario qui est en train de prendre forme actuellement ne s’arrête pas là : des pays du Moyen-Orient demanderaient actuellement à Ottawa à ce que le contrat portant sur un accord de ciel ouvert mentionne ceci quelque part : une garantie d’accès illimité à notre marché.

Ouf.

C’est une inquiétude qui, elle aussi, prend forme. Pourquoi ? Pour ceci : plusieurs indicateurs présagent que les compagnies aériennes du Moyen-Orient auront la tâche facile d’attirer les voyageurs canadiens sur leurs ailes, en raison des hubs aéroportuaires aussi innovants que gigantesques sur leur territoire (ex. : Dubaï et bientôt Riyad), hubs où les voyageurs canadiens pourraient être très intéressés de transiger pour prendre une correspondance vers un nombre faramineux de pays dans le monde.

Les partages de code, la solution ?

Le transporteur aérien canadien le plus susceptible d’être affecté serait Air Canada. Qu’en pense-t-il ?

Dans une déclaration à CBC News, Air Canada affirme être « déjà compétitive avec les meilleures compagnies au monde. Certes, les compagnies aériennes du Moyen-Orient assurent un trafic de correspondance important vers des régions comme le sous-continent indien, mais notre accord avec Emirates nous permet d’acheminer du trafic au-delà de Dubaï sur notre vol Toronto-Dubaï », a soutenu Peter Fitzpatrick, porte-parole d’Air Canada.

En effet, en novembre dernier, Air Canada et Emirates ont annoncé la prolongation de leur partenariat stratégique de trois ans jusqu’en 2032.

Mais la question demeure : sur les ailes de qui le voyageur voudra-t-il confirmer son billet et se faire dorloter ?

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Isabelle Chagnon
Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.