Contre toute attente, le gouvernement fédéral a annoncé une aide financière pour soutenir les compagnies aériennes canadiennes qui subissent de plein fouet la volatilité du prix du carburant.
Par Shannon VanRaes
Le programme permettra aux compagnies aériennes canadiennes admissibles qui subissent des pressions financières importantes en raison du coût élevé des carburants d’aviation d’obtenir des liquidités remboursables pouvant atteindre 150 millions de dollars, selon leurs besoins. Cette mesure intervient tout juste après les avertissements de l’IATA, qui prédisait des fusions et des faillites dans le secteur sans intervention gouvernementale.
« Les événements mondiaux continuent de créer de l’incertitude sur les marchés énergétiques, ce qui fait augmenter les coûts pour les industries partout dans le monde, y compris celle de l’aviation », a déclaré François-Philippe Champagne, ministre des Finances et du Revenu national. Il a ajouté que les Canadiens devaient conserver un accès à des voyages aériens « fiables et abordables ».
Le prix du carburant d’aviation a grimpé en flèche en février dernier, à la suite des frappes américaines et israéliennes en Iran. Ce dernier pays a répliqué en fermant le détroit d’Ormuz, bloquant environ 20 % de l’approvisionnement mondial en carburant.
WestJet s’oppose au projet
Cependant, l’initiative ne fait pas l’unanimité au sein des compagnies aériennes. WestJet a déclaré s’opposer « fermement » au projet d’Ottawa.
« Le gouvernement a un choix à faire : continuer avec des subventions coûteuses qui faussent le marché, ou bâtir un avenir durable pour l’aviation canadienne », a déclaré un porte-parole de WestJet dans un courriel envoyé à CTV News.
« Nous savons où mène ce chemin. Rien qu’en 2025, les contribuables ont perdu environ 400 millions $ CA en prêts liés à la COVID-19 qui ont été effacés par le gouvernement fédéral, se transformant ainsi en subventions directes pour certaines compagnies. »
Le porte-parole a exhorté le gouvernement à « abandonner ce cycle de charité corporative » pour se concentrer sur la stabilité à long terme.
Ottawa n’en est pas à son premier sauvetage dans l’industrie aérienne. Par le passé, le gouvernement fédéral a notamment accordé un plan de prêts de 5,9 milliards de dollars à Air Canada en 2021, ainsi qu’une aide sectorielle de 160 millions de dollars au lendemain du 11 septembre. Transat A.T. a également bénéficié d’un financement par emprunt pouvant atteindre 700 millions de dollars.
Ce nouveau programme, baptisé Mécanisme de liquidités pour la résilience du secteur de l’aviation, sera géré par la Corporation de financement d’urgence d’entreprises du Canada. Il s’agit d’une société d’État créée en 2020 par la Corporation de développement des investissements du Canada.
Toutefois, cette aide financière est assortie de conditions strictes. Pour en bénéficier, les compagnies aériennes devront s’engager à « Acheter canadien », à protéger les emplois au pays, et à plafonner la rémunération de leurs dirigeants ainsi que les dividendes versés aux actionnaires.
Le ministre Champagne a précisé que cette initiative s’ajoute à la décision déjà prise par son gouvernement de suspendre temporairement la taxe d’accise fédérale sur le carburant, du 20 avril au 7 septembre 2026. Cette mesure réduit le coût du carburant d’aviation de 4 cents par litre.
De son côté, le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a souligné que ce programme de prêts vise avant tout à bâtir un secteur aérien résilient afin de maintenir des tarifs abordables au Canada.
« Alors que les compagnies aériennes font face à la hausse des coûts du carburant d’aviation, la mesure d’allègement annoncée d’aujourd’hui aidera à stabiliser l’industrie et à soutenir un secteur de l’aviation compétitif pour l’avenir », a-t-il déclaré.




