Open Jaw Québec teste l’Aranui 5 et les Îles Marquises

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L’Aranui 5

Dossier. Œuvre architecturale flottante unique et conçue sur mesure et dont le concept de navigation est issu d’une idée de génie d’un oncle pour assurer la survie de la compagnie, l’Aranui 5 est à la fois un navire pour la découverte, un cargo pour la marchandise, l’horloge coucou des Îles Marquises et le Amazon Prime des Marquisiens.

On appelle ça être multidisciplinaire…

D’abord, faisons une mise au point sur la définition du concept. Contrairement à l’étiquette du grand raid à-la-rescousse-de-Moby-Dick qui persiste sur l’Aranui 5 dans l’imaginaire de certaines personnes, à bord de ce navire…

-non, on ne dort pas sur le pont d’acier, à la belle étoile, entre les amarres, les containers et la timonerie

-non, on ne fait pas la vaisselle en échange d’une douche

-non, on ne doit pas retrousser ses manches pour décharger des boîtes sur le quai pour obtenir un laissez-passer.

Débarquement des passagers, de la barge au quai

L’Aranui 5 est ce qu’on appelle un « cargo mixte ». Traduction : un rude gaillard qui avale la houle et la haute mer sublime de la Polynésie française de rêve, pour aller butiner d’île Marquise en île Marquise, pour y décharger marchandises à livrer et passagers qui veulent voyager.

Ce navire à deux départements a un modèle d’affaires de type « aidant mutuel » : le département des conteneurs obtient un coup de pouce financier du département des passagers, et ces derniers (passagers), grâce à la nécessité de livrer les premiers (conteneurs), peuvent ainsi accéder plus facilement à une région du globe presque complètement isolée.

Au final, voici un arrêt sur image : l’Aranui 5 est un gros bernard-l’hermite monté sur une coque, avec des pattes en version grues de déchargement, où salle à manger, bar, cabines douillettes, boutique et salle de massage meublent la grosse coquille du derrière qui est dédiée aux voyageurs.

Une journée-type

Au cours d’une croisière à bord de l’Aranui 5, la journée-type se déroule ainsi : au matin, le navire accoste ou jette l’ancre à deux vagues d’une île des Marquises, et, pendant la journée où se déroulent les manœuvres du déchargement (et parfois aussi du chargement car l’Aranui ramène parfois des fruits et colis vers Papeete), les passagers sautent sur le quai ou sautillent dans une barge pour aller faire du tourisme sur l’île au programme du jour.

Les Îles Marquises au plus sublime de la beauté…

L’itinéraire du navire est sensiblement le même durant toute l’année et s’étire sur une douzaine de jours, soit le temps qu’il faut pour faire la tournée des îles où les marchandises doivent être livrées. Papeete, sur l’île de Tahiti, est à la fois le point de départ et le point de conclusion.

Aux Marquises, le temps se compte en Aranui

Comme les Îles Marquises sont très isolées, l’approvisionnement de toutes sortes de choses pour la population locale (du bois de construction aux pots de Nutella, des outils aux mobylettes, jarrets de veau congelés, vélos et même chevaux!) dépend des visites d’un navire comme l’Aranui 5.

Cela dit, quand le livreur tant attendu se pointe le bout du nez qu’une fois aux deux semaines, qu’est-ce qui arrive? La population locale s’active, se donne rendez-vous sur le quai et l’accueille avec joie!

Les passagers voyageurs, lorsqu’ils débarquent eux aussi du navire, sont accueillis par cette même population locale qui avait tatoué la date au calendrier. Les Marquisiens sont là, sur le quai, souriants, salutations agitées et parfois en rangée! (bonjour le grand rassemblement des pick-up qui viennent chercher leur livraison!).

En d’autres mots, l’ambiance est animée, joyeuse et heureuse.

La vie à bord

L’Aranui 5 a prévu tout le nécessaire pour nourrir, hydrater, cajoler, détendre et enrichir les connaissances des passagers voyageurs.

Oeuvre architecturale en cuisine….

Le programme quotidien prévoit repas en salle à manger (inclus dans la croisière, service à la table, menus fixes, quelques repas à thème), conférence sur des sujets liés aux Îles Marquises (histoire, modes de vie, culture), quelques ateliers (cours de danse, cours de ukulélé), démonstrations de recettes typiquement locales.

Aux escales, les débarquements/embarquements des passagers suivent une logistique très bien rodée. Si le navire jette l’ancre dans une baie, le transfert du navire au quai se fait à bord d’une barge à ciel ouvert. Si le navire accoste au bout d’un quai, le transfert se fait par une passerelle.

Un départ à ne pas négliger

Pour préserver leur art, leur culture, leur mode de vie et leur identité, pour échanger les uns avec les autres du même archipel et pour faire une grande fête identitaire, les Marquisiens ont mis sur pied le Festival des Arts des Îles Marquises.

Ce festival butine autant que l’Aranui 5 : il se promène d’une île à l’autre, d’une édition à l’autre.

Lors de notre participation à cette croisière à bord de l’Aranui 5, nos dates de voyage correspondaient avec l’édition 2022 de ce festival, qui s’est tenue sur l’île de Fatu Hiva. Nous pouvons donc témoigner de quoi il s’agit.

Voici le verdict d’Open Jaw Québec : les peuples du monde entier organisent des grandes fêtes pour célébrer leur culture. Vous et nous en avons tous vu au moins une, sinon quelques-unes dans notre vie. Mais nous n’avions jamais vu ceci, jamais ressenti une telle intensité avant d’avoir assisté au Matavaa O te Henua Enata.

Ce rendez-vous est un coup de foudre avec la vie : danseurs en sueur, ardeur des tatoueurs, langue tribale, vêtements de plumes, fleurs fraîches hôtesses, banquets rassembleurs, chants des tripes et du cœur. Ici, les Marquisiennes ont inventé la beauté et la féminité. Et les tambours ont réveillé les volcans. Le Festival des Arts des Marquises devrait être une ordonnance pour tous…

Disons ce qui doit être dit : si vous coïncidez une vente d’une croisière sur l’Aranui 5 avec ce festival, ce sera là un beau coup en carrière.

La prochaine édition du Matavaa O te Henua Enata (Festival des Arts des Marquises) se déroulera en décembre 2023 sur l’île de Nuku Hiva. Et pas de souci : pour le départ concordant avec les dates du festival, l’itinéraire de l’Aranui 5 est légèrement modifié pour assurer une escale enviable et permettre aux passagers de bien en profiter.

Bravo.

Combien ça coûte à bord?

-une bière locale Hinano en canette : 450 francs du Pacifique

-une consultation médicale auprès du médecin à bord : 8 000 francs du Pacifique

-une bouteille 75 cl champagne Moet & Chandon par le barman : 11 050 francs du Pacifique

-une immobilisation par plâtre par le médecin : 12 000 francs du Pacifique

-un massage détente 60 minutes par la massothérapeute : 12 000 francs du Pacifique

-une chirurgie hors suture (ex. : retirer un hameçon) : 12 000 francs du Pacifique

-un Sprite en canette : 350 francs du Pacifique

-gestion d’une évacuation sanitaire : 20 000 francs du Pacifique

-un Pina Colada : 1 430 francs du Pacifique

-réanimation d’urgence avec moyens techniques et assistance prolongée : 32 000 francs du Pacifique

-un Cognac Remy Martin (4 onces) : 1 000 francs du Pacifique

-une bouteille d’eau 1 litre : 350 francs du Pacifique

-une carte pour 300 MGBS accès Internet : 5 000 francs du Pacifique

-un tatouage par le tatoueur à bord : dépend de ses propres aspirations, imaginations et ambitions…

Taux de change : au moment de mettre en ligne, 1 franc du Pacifique équivaut à 0,011 dollar canadien

Carte d’identité de l’Aranui 5

Pavillon : France

Lieu de construction : Chine

Années de construction : 2014/2015

Premier voyage : 12 décembre 2015

Longueur X largeur : 126 m X 22.4 m

Vitesse maximale : 17 nœuds

Cabines passagers : 108 (32 suites, 31 De Luxe, 40 standards, 5 dortoirs)

Capacité passagers : 295

Capacité de désalinisation : 200 000 litres par jour

Consommation en fuel à la vitesse de croisière : 1,1 tonne/h (26 t/jour)

Capacité en fret sec : 1 700 tonnes

Ce que les passagers ont particulièrement aimé durant leur croisière :

-les paysages vierges et les silhouettes montagnes des Îles Marquises

-le service et l’approche amicale des membres de l’équipage

-le programme d’activités à bord comme aux escales

-le Festival des Arts des Marquises.

Photos: Isabelle Chagnon

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Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.