7 questions au Comité Martiniquais du Tourisme

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Gaëtan Paderna

Dossier. Pourquoi la Martinique, pourtant francophone, ne figure pas au trio des destinations populaires chez les Québécois? Qu’est-ce que la Martinique offre de plus que les autres? Comment évolue la desserte aérienne?

Durant notre séjour à la Martinique, la semaine dernière, Open Jaw Québec a partagé un repas avec Gaëtan Paderna, directeur général par intérim du Comité Martiniquais du Tourisme, bureau de Fort-de-France. Nous lui avons posé 7 questions. Voici les réponses.

Open Jaw Québec : Les données de la Martinique indiquent que les Québécois sont les voyageurs qui dépensent le plus d’argent par séjour à la Martinique. Comment l’expliquez-vous?

Gaëtan Paderna : Effectivement, le Québécois est le voyageur dont les dépenses à la Martinique sont supérieures à la moyenne. Il dépense en moyenne 1 200 euros par séjour, hors aérien, par rapport aux 800 euros de moyenne. C’est 50 pour cent de plus!

Ça s’explique notamment par le fait que le Québécois est un bon consommateur de Club Med dans le monde et il représente une bonne proportion des visiteurs qui logent au Club Med Les Boucaniers de la Martinique. Et le Club Med a un niveau de tarification bien plus élevé que plusieurs autres établissements de la Martinique.

Aussi, nous constatons que le Québécois, par rapport aux voyageurs d’autre provenance, privilégie moins le séjour chez l’habitant, lequel constitue un hébergement moins cher.

Open Jaw Québec : Pourquoi la Martinique, une destination pourtant francophone, ne fait pas partie de ce qu’on appelle le triangle amoureux Rep-dom-Cuba-Mexique des Québécois?

Gaëtan Paderna : Parce que la Martinique a une offre touristique qui n’est pas la même. On a un modèle de développement raisonné du tourisme. Le développement économique est une priorité majeure, mais pas à tout prix.

Ces destinations travaillent beaucoup sur du packaging tout-inclus. Déjà, ce n’est pas le type de tourisme que l’on souhaite développer. Le tout-inclus, ce n’est pas le cœur de notre positionnement. Ce que nous voulons, c’est amener le voyageur à se promener, aller rencontrer les gens.

Aussi, ces destinations évoluent dans une logique de tourisme de masse, de grand public. La Martinique évolue dans des formats plus ciblés et dans un rapport expérience-prix.

Cela s’explique aussi du fait que nous n’avons pas la même offre de sièges que ces destinations. Mais nous travaillons à augmenter cette capacité.

Ce qui nous rassure, c’est l’excellent taux de satisfaction chez nos visiteurs, qui est de 92 %. Cela nous dit que nous séduisons et nos visiteurs ont envie de revenir. Peut-être formerons-nous bientôt un carré amoureux pour les Québécois!

Open Jaw Québec : Où la Martinique souhaite-elle amener son visiteur?

Gaëtan Paderna : On lui dit qu’au-delà du sable blanc et de l’eau à 30 degrés, on a une culture, on a des atouts naturels à proposer. Et c’est ce qui va nous différencier de Sainte-Lucie ou encore des Bahamas.

Tout le monde recherche la mer des Caraïbes mais nous, on offre aussi autre chose.

Open Jaw Québec : Par rapport aux autres destinations Soleil, le statut de la Martinique est-il un gage de plus-value pour le voyageur?

Gaëtan Paderna : Le fait d’être une région française, notre stabilité politique est rassurante. On est en France ici, donc, en termes d’infrastructures (routières, sanitaires), c’est un plus du point de vue touristique.

On est aussi soumis aux normes françaises et européennes de préservation du littoral. On ne peut pas faire n’importe quoi sur notre littoral, comme c’est malheureusement le cas dans d’autres destinations de la Caraïbe qui font tout et n’importe quoi dans le volet de la préservation de la nature.

Open Jaw Québec : Le tourisme de nature draine-t-il un bon public de touristes?

Gaëtan Paderna : Absolument. Le randonneur qui a choisi ses vacances pour faire de la randonnée, et bien ici, il va trouver son bonheur. Les familles avec enfants aussi trouveront leur bonheur avec des balades en nature et en forêt.

Chaque année, on a un Festival de randonnée pédestre qui dure un mois en juin.

On est une terre de randonnée dans les terres. Et la Montagne Pelée est un appel à tous les randonneurs. Cela dit, là où je considère que nous avons une richesse, c’est quand on parle de randonnée au niveau du littoral, du Vauclin à Sainte-Anne. Ces randonnées se font en partie dans les terres, en partie le long du littoral.

Dans la filière plein air, on a une offre qui est structurée et qui est tout-public.

Open Jaw Québec : Quels sont vos espoirs du moment envers le marché canadien?

Gaëtan Paderna : Avoir plus de vols sur toute l’année. Avec Air Canada par exemple, nous souhaitons établir une régularité des vols sur toute l’année, et non plus des variations des fréquences des vols selon les saisons.

Nous gardons également un intérêt pour cette possibilité d’établir une liaison aérienne quotidienne de Toronto et qui, en alternance, desservirait un jour la Guadeloupe, le jour suivant la Martinique, et etc. Nous avons d’ailleurs signalé notre intérêt à coopérer, sur certains leviers, avec la Guadeloupe. On appelle ça de la « coopétition » (collaboration & compétition).

Nous sommes ravis qu’Air Transat offre ses vols saisonniers en hiver. Nous avons eu des contacts avec Sunwing, qui n’ont pas abouti toutefois.

Pour les autres transporteurs, le démarchage est moins évident car nous n’avons pas le droit de faire ce que d’autres font, soit de mettre en place ce qu’on appelle le risque de revenu garanti, qui consiste à s’engager à financer la compagnie aérienne à hauteur de 40 % ou 50 % de son remplissage.

Ce système est zéro risque pour la compagnie aérienne, et c’est pour ça que Ste-Lucie et la Barbade ont plusieurs vols.

L’Europe nous interdit de subventionner une compagnie aérienne pour qu’elle vienne chez nous.

Open Jaw Québec : aux agents et leurs clients qui hésitent entre les deux destinations françaises Soleil de la Martinique et de la Guadeloupe, et qui distinguent moins bien vos différences, que leur diriez-vous?

Gaëtan Paderna : La Martinique et la Guadeloupe ont plusieurs points en commun. D’ailleurs, on nous appelle souvent les îles sœurs! Mais ce qui fait notre spécificité je crois c’est notre patrimoine bâtit, qui est bien préservé. Nos distilleries aussi font partie de ce patrimoine bâtit unique et celui-ci est particulier à la Martinique.

Par ailleurs, si nos plages se ressemblent, nos carnavals et nos fêtes culturelles ne sont pas les mêmes. Et chacune a sa montagne et son volcan : la Martinique a sa Montagne Pelée, la Guadeloupe a sa Soufrière.

Photos : Isabelle Chagnon

Notre journaliste était l’invitée du Comité martiniquais du tourisme de Montréal.