Destination Canada : entrevue avec Sébastien Dubois

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Sébastien Dubois, directeur exécutif des Partenariats avec l’industrie, Destination Canada

En 2020, Destination Canada reconnaissait qu’elle devait cesser de mettre l’emphase sur la promotion du Canada à l’étranger, et que si elle voulait supporter l’industrie touristique de son pays, elle devait pelleter dans sa propre cour.

2021 se présente sous les mêmes paramètres. Les Canadiens sauveront-ils leur Canada? Le directeur exécutif des Partenariats avec l’industrie, Sébastien Dubois, a accepté de répondre à nos questions.

Open Jaw Québec : Avant la pandémie, les dépenses des Canadiens au Canada représentaient quelle proportion?

Sébastien Dubois : En 2019, les dépenses des Canadiens en services de voyage et touristiques au pays s’élevaient à 82 milliards de dollars. Au cours des neuf premiers mois de 2020, ils ont dépensé 38,4 milliards de dollars pour les mêmes services, soit 40,4 % de moins qu’aux trois premiers trimestres de 2019. Nous estimons que le total de leurs dépenses en 2020 s’élèvera à 49,4 milliards de dollars, soit 40 % de moins qu’en 2019.

Campagne en cours

OJQ: Le Canada lance en ce moment une grande campagne cri du cœur qui véhicule l’idée que « Les Canadiens ont un rôle crucial à jouer pour soutenir la reprise d’un secteur du tourisme dévasté ». Quel est ce rôle crucial?

SD: Tout le monde a très hâte de prendre des vacances et nous demandons aux Canadiens de prévoir leur prochain voyage au Canada. Si les Canadiens dépensaient les deux tiers de leur budget prévu pour les voyages d’agrément à l’étranger dans le tourisme intérieur, cela comblerait le manque à gagner estimé de 19 milliards de dollars de l’économie du tourisme et aiderait au maintien de 150 000 emplois. La reprise devrait prendre des années, mais une augmentation marquée des voyages intérieurs accélérerait celle-ci potentiellement d’un an.

Les Canadiens peuvent inverser le cours des événements en dépensant leur budget de voyage au Canada (dans la mesure du respect des restrictions en vigueur) dès maintenant et aussi à long terme.

OJQ : Dans cette campagne, est-il prévu un volet destiné aux intervenants de l’industrie du voyage?

SD : Destination Canada collabore depuis longtemps avec des conseillers en voyages au sein de ses marchés étrangers. Nous avons par conséquent pu rapidement effectuer un changement d’orientation en tirant parti de ressources précieuses en matière de formation et en transférant ces connaissances aux conseillers en voyages canadiens, qui n’ont peut-être pas autant l’habitude de vendre des destinations canadiennes à leurs clients.

Notre Programme des spécialistes du Canada se veut un guichet unique destiné à aider les conseillers en voyages au Canada à obtenir des renseignements sur les destinations, à comprendre les restrictions de voyage en vigueur et à entrer en communication avec les voyagistes.

Dans ce cadre, nous avons mis sur pied des webinaires en français et en anglais (sous-titrés dans l’autre langue officielle) dans le but d’aider les conseillers en voyages à présenter des destinations canadiennes à leurs clients.

OJQ: Est-il prévu des démarches particulières auprès des transporteurs aériens?

SD : Destination Canada consacre la majorité de ses investissements à la promotion des voyages au pays. Nous collaborons avec les provinces, les territoires et les villes du Canada pour créer un programme intégré qui mobilisera directement les entreprises touristiques et favorisera la reprise. Beaucoup des efforts que nous déploierons consisteront à inciter les Canadiens à voyager dans d’autres provinces que la leur, dans la mesure où les restrictions le permettent, ce qui signifie souvent emprunter des moyens de transport aérien ou ferroviaire. Nous nous activons en ce moment à faire rêver les Canadiens de voyages au pays, à leur faire prendre conscience que leurs futures décisions de voyage pèseront dans la reprise du secteur touristique.

Comment séduire les Canadiens

OJQ: Comment le Canada compte-t-il s’y prendre pour séduire et inciter les Canadiens à voyager dans leur propre pays cet été?

SD : Nous voulons nous assurer que les Canadiens soient au courant des expériences formidables proposées dans leur région et ailleurs au pays qu’ils pourront saisir lorsque les restrictions seront levées et qu’ils pourront à nouveau voyager.

OJQ : La campagne actuelle est-elle une campagne visant la saison estivale 2021 uniquement?

SD : Nous élaborons actuellement une stratégie à long terme et à phases multiples.

OJQ : Les Canadiens seront-ils, à compter de maintenant, des voyageurs potentiels considérés véritablement comme étant « cruciaux » pour le Canada mais sur le long terme?

SD : Les Canadiens jouent un rôle primordial dans la reprise du tourisme, mais il s’agit aussi de résilience sur le long terme.

OJQ : La pandémie a sonné l’alarme à l’effet que le Canada devrait être beaucoup plus auto-suffisant dans plusieurs domaines, comme l’alimentation, pour éviter des situations qui pourraient se révéler désastreuses. Est-ce que l’industrie du tourisme du Canada a ce même constat?

SD: L’économie du tourisme a connu des pertes sans précédent en 2020 et le tourisme demeure le secteur de l’économie canadienne le plus menacé, et de loin, étant donné qu’il est axé sur les services et qu’il dépend actuellement des touristes étrangers. Il est important de montrer maintenant aux Canadiens les expériences riches, diverses et uniques qui existent dans leur région et partout au pays.

Merveilleuses Rocheuses

Les prix: un frein?

OJQ: Pour plusieurs Canadiens, le Canada est inaccessible en termes de prix. Pour s’offrir des vacances 4 ou 5 étoiles au Canada, le Canadien doit multiplier le budget qu’il dépenserait normalement dans plusieurs destinations étrangères. Est-ce que Destination Canada partage cette idée?

SD: Selon notre dernier rapport, la sécurité et le coût figurent parmi les trois facteurs principaux dont tiennent compte les Canadiens pour entreprendre des voyages au pays. Nous gardons cette information à l’esprit alors que nous commençons à planifier la promotion des voyages au pays, une fois que les restrictions seront levées. Quand les voyages seront de nouveau d’actualité, nous prévoyons qu’il y aura, dans un premier temps, des offres avantageuses pour inciter les Canadiens à voyager dans leur pays. Mais nous pensons qu’à long terme c’est le pays en lui-même qui rend le Canada une destination attirante.

Culture autochtone

OJQ : La culture autochtone n’atteint pas l’intérêt qu’elle devrait auprès d’une grande proportion de Canadiens. Est-ce que Destination Canada reconnait cette réalité? Si oui, compte-t-elle adapter la promotion des voyages au Canada de telle sorte à mousser davantage cet intérêt envers la culture autochtone?

SD : Le tourisme autochtone est un des piliers de la stratégie fédérale pour la croissance du tourisme. Les peuples autochtones et leurs cultures constituent un élément extrêmement important de notre pays. Nous nous efforçons de stimuler la croissance des entreprises touristiques dirigées par des autochtones et le développement des expériences enrichissantes qu’elles offrent. Nous entretenons une relation de longue date avec l’Association touristique autochtone du Canada, favorisons la recherche en la matière et faisons la promotion des expériences touristiques autochtones tant au pays qu’à l’étranger.

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Détentrice d’un baccalauréat en journalisme de l’Université Laval, Isabelle débute sa carrière de journaliste en voyage en 1995. Ses articles et reportages ont voyagé dans les magazines L’agent de voyages, Voyager et Tourisme Plus, Atmosphère d’Air Transat et le Journal Le Devoir, entre autres. Elle est co-autrice de quatre guides chez Rudel Médias (25 destinations soleil pour les vacances) et aux Éditions Ulysse (Voyager avec des enfants, Fabuleux Alaska/Yukon, Longs séjours à l’étranger). Depuis 2006 aussi, elle présente des conférences devant public.