Prestataires en manque de salubrité : quel avenir post-pandémique?

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Dossier spécial. Hôtel à la vadrouille douteuse ou encore destination balnéaire avec plages inondées de déchets. Quel destin leur est réservé, à l’ère post-Covid?

On a tous visité un hôtel où jamais on aurait mangé par terre et on a tous aperçu une plage où jamais on y aurait trempé les pieds dans la mer. Alors qu’on annonce que les voyageurs rechercheront du propre et du désinfecté, nous avons demandé à Tours Chanteclerc un son de cloche sur leur destinée.

Open Jaw Québec : La propreté sera-t-elle un nouveau critère de négociation avec les fournisseurs? Des destinations comme l’Inde, où l’on voit ces images où surpopulation rime par endroit avec malpropreté, ont-elles des prises de conscience en ce moment?

Claude St-Pierre, directeur général de Tours Chanteclerc : L’Inde n’a pas découvert le 5 janvier 2021 qu’il y avait un problème d’insalubrité avec ses plages. Elle le savait. La pandémie a accéléré le nettoyage qui s’y opère en ce moment.

Claude St-Pierre, directeur général de Tours Chanteclerc

OJQ : Pourquoi ce grand nettoyage, soudainement?

CSP : Parce que la grande question en ce moment, c’est comment attirer la clientèle voyageuse. Et ils le savent très bien que s’ils veulent attirer le voyageur, il faut qu’ils passent à l’étape du nettoyage. Il y a déjà cette conscientisation et elle perdurera, j’en suis convaincu.

OJQ : Qu’en est-il de l’image dont bénéficie ou souffre un prestataire?

CSP : C’est assez difficile d’attirer la clientèle quand tu vis avec des stéréotypes, réels ou pas. Il y a des pays qui se battent encore contre des images qui ne sont plus réelles. Cela dit, ce qui est malheureux, c’est que parfois, ce sont les voyageurs qui polluent. Il y a des stéréotypes qui perdurent, exemple : les Allemands ne font pas attention aux plages. Ce n’est surement pas les Allemands qu’on va accuser d’avoir pollué les plages de la Gaspésie l’an passé!

OJQ : Le voyageur de demain va-t-il se mettre à raffoler de la propreté? Les hôtels qu’on jugeait douteux sur la propreté sont-ils appelés à disparaître?

CSP : Pas spécialement, parce que c’est toujours l’économie qui va gagner. Et c’est qui l’économie? C’est le consommateur. C’est lui qui fait rouler l’hôtel bas de gamme. Si tu laisses un 2 étoiles sans client pendant un an, je doute fort que le gérant se tape les bretelles! Mais c’est le consommateur qui décide où va s’en aller l’économie en tourisme.

OJQ : Comment expliquer le raisonnement?

CSP : Reprenons l’exemple de l’Inde. Le voyageur sait bien que s’il veut aller dans ce pays surpeuplé, il doit faire une concession. S’il choisit un 4 ou 5 étoiles, il y aura une conséquence financière. Et s’il choisit d’aller en Inde, il sait qu’il sera confronté à des changements de culture et de valeur. Il sait que la surpopulation a forcément des conséquences sur les mégapoles.

OJQ : Le client posera-il davantage de questions sur la propreté?

CSP : Nous, à l’interne, on s’est posés des questions comme à quelle fréquence la poignée de porte est désinfectée. On a commis le geste de questionner nos fournisseurs et de connaitre leurs politiques. Mais le consommateur, ce n’est pas ça qu’il demande. Le client se questionne et se questionnera encore sur comment se déroulera son voyage de 14 jours. Le client se questionne sur le produit, mais beaucoup sur le déroulement du circuit.

Cela dit, oui, en ce moment, les consommateurs se demandent notamment qu’est-ce qui va arriver si un passager tousse trop souvent. Mais ce sont des questions qui ont libre circulation en date d’aujourd’hui parce que nous ne sommes pas encore arrivés à cette immunité qu’on a besoin.